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Je te mangerais par Alexandre Agnes

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Après Céline Sciamma et sa Naissance des pieuvres, c'est au tour de Sophie Laloy d'explorer les émois d'une jeune fille fascinée par une autre, plus expérimentée, qui va lui faire vivre ses premiers troubles homosexuels.

Dans Je te mangerais, la mise en scène est pleine de grâce, à l'image de sa B.O. classique et de ses deux comédiennes principales. En colocataire amoureuse et possessive qui sombre dans la folie, Isild Le Besco est tour à tour inquiétante et pathétique. Face à elle, la révélation du film, Judith Davis, qui tient ce premier grand rôle au cinéma avec une finesse et une sensualité assez rares, s'inscrivant dans la lignée de ces lolitas troublantes à l'hypersexualité ingénue et provocatrice qui ont mis le feu au cinéma français dans les années 80 (avec Isabelle Adjani, Val�rie Kaprisky, Charlotte Gainsbourg, Pauline Lafont).

Si l'érotisme du film et la perversité des rapports entre les deux femmes rappellent un peu le sublime Choses secrètes de Brisseau, Je te mangerais évoque plus souvent JF partagerait appartement, dont il reprend quelques ficelles, voire quelques scènes (la colocation légère qui tourne progressivement au drame sanglant, la fascination d'une femme pour une autre qui vire à la folie, les rapports de force qui s'inversent, la violence qui explose, le mimétisme qui s'opère progressivement entre les deux femmes, le personnage masculin paumé au milieu de tout ça, le sexe comme vecteur central et destructeur, etc).
Le scénario n'est donc pas d'une originalité folle, mais son traitement est impeccable, et la beauté et la sensualité brutes et naïves de Judith Davis justifieraient presque à elles seules qu'on aille voir ce film.

Très bien.

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