Je voudrais qu'il se passe quelque chose quand je regarde un film

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Exercice délicat que celui de réaliser un film sans intrigue. Arnaud Viard le savait sans doute lui l'ancien enseignant au Cours Florent dans les années 2000. Le cinéma français s'essaie souvent aux métrages intimistes, tantôt avec brio comme par exemple avec Chambre 212 de Christophe Honoré tantôt avec maladresse dans Lola et ses frères de Jean-Paul Rouve. Ce même Jean-Paul Rouve que l'on retrouve à l'affiche ici, qui semble déterminé à approfondir sa carrière dans le cinéma dramatique après avoir excellé dans la comédie avec la troupe des Robins des bois. Ici donc, pas de fil conducteur au scénario, c'est l'histoire d'une famille, de ses failles, de ses doutes et de ses moments de vie. Des thématiques qui auraient pu être tout droit sorties d'un film de Claude Sautet, mis à part que ce dernier plaçait toujours la femme forte et l'amour au centre des grandes liesses familiales. Mais Sautet maniait l'art de filmer les mouvements de personnages comme personne, ce qui n'est pas le cas d'Arnaud Viard dans ce qui est la troisième réalisation de sa carrière.

Le grand défaut du film est de tomber dans une facilité fallacieuse pour forcer le spectateur aux larmes. Pour preuve, le piano criard systématiquement aux conclusions des scènes les plus dramatiques. C'est un point commun aux plus grandes productions cinématographiques grand-public, ça me rappelle ce film turc sorti sur Netlflix en 2020 au nom imprononçable 7. Koğuştaki Mucize... On ne peut pas faire plus larmoyant et pourtant ça semble être la clef du succès auprès d'une bonne partie du public adolescent.

C'est donc après 50 minutes de visionnage que le personnage principal se suicide sans réelles raisons. Enfin du moins, on ne les connait pas et nous n'avons pas pu apprendre à les connaître. L'écriture du personnage de Jean-Pierre a été faite au lance-pierre et malheureusement on éprouve aucune empathie pour lui et sa famille.

Il manque un bon nombre d'ingrédients au film pour briller notamment des acteurs convaincants. Elsa Zylberstein a autant de charisme qu'une salade de poulpe aux olives. Et à vrai dire, on ne peut pas vraiment lui en vouloir car là aussi, son personnage est extrêmement mal écrit et n'a aucune importance dans le scénario si on y réfléchit. Et ne parlons pas du maquillage désastreux de l'actrice.

La scène où elle dévoile sa calvitie due au traitement de son cancer est, malheureusement, bien risible malgré le sujet abordé. À vouloir trop en faire, on perd facilement une partie des spectateurs qui reste perplexe.

Seule la paraphrase sur l'envie de liberté et le besoin d'émancipation sauve un petit peu la fin du film avec ce passage où un bachelier choisit pour poème Sensation d'Arthur Rimbaud. Là encore le discours est intéressant mais semble n'avoir aucun sens dans la thématique du film qui relate les relations d'une fratrie adulte et non pas de jeunes adolescents.

Pour résumer, un réalisateur qui force trop les traits de ce qu'il veut faire ressentir, travesti son éthique de cinéaste. Le cinéma est censé évoquer des émotions différentes chez chaque spectateur. La difficulté d'un film dramatique est que lorsque l'on nous incite explicitement à s'émouvoir, le procédé devient patent. Il en est de même pour la comédie ou le cinéma horrifique. Il est bien plus agréable de s'éprendre à rire devant des dialogues ou des situations subtilement amenées que devant des blagues lourdes et grasses qu'on aurait pu entendre au PMU du coin. L'art dramatique triomphe lorsque l'on s'étonne à éprouver des émotions inédites que nous ne connaissons que trop peu.

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