Le Réalisme selon Akerman

Avis sur Jeanne Dielman, 23 quai du Commerce, 1080...

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"Jeanne Dielman 23, quai du commerce, 1080 Bruxelles" ; ce titre volontairement long cherchant le réalisme à tout prix devrait déjà nous mettre la puce à l'oreil concernant l'idée et le propos que nous offre ce long-métrage. Il s'agit de mon premier film de la cinéaste Chantal Akerman, réalisatrice d'origine belge reconnue ayant principalement été active durant les décénies 1970-1980. C'est une figure fondamentale dans l'Histoire du Cinéma Belge. Cette oeuvre cinématographique fut d'ailleurs par la suite une source d'inspiration fondamentale pour de grands cinéastes contemporains tels que Gus Van Sant (Gerry, Paranoïd Park, Last Days,...) ou bien encore Todd Haynes (Velvet Goldmine, Carol, I'm Not There,...).

"Jeanne Dielman" (en raison de ce titre très long nous le résumerons ainsi) est un très long-métrage atteignant une durée de plus de 3 heures. Il va mettre en scène la vie d'une mère célibataire au foyer, prostituée de nuit, vivant seule avec son fils âgé de 16 ans. Nous suivrons principalement cette maman au cours des 3 actes qui composent le récit (actes découpés en réalité en 3 journées complètes) Elle vit un quotidien précis, calculé et réglé comme un horloge. Cette expression peut avoir une signification assez littérale lors de l'une des premières scènes de film : Jeanne sera alors en action avec l'un de ses clients tandis qu'elle a mis à cuire des patates dans une casserole. Elle sait que l'homme ne va pas tenir longtemps sexuellement parlant et peut ainsi prévoir que ses aliment auront le temps d'être précisément au moment ou celui-ci s'en sera allé. Séquence d'ailleurs où j'estime qu'un humour noir bien placé est présent. Les discussions à table entre la mère et le fils seront également des passages relativement drôles dans leur façon de ne pas savoir quoi se dire et de limiter au minimum la communication entre eux (point de vue subjectif bien entendu).

Suivre ce quotidien est le moteur principal de ce film.
A la manière de certains artistes/cinéastes d'avant-garde russes, Akerman s'est imposée dans le domaine du cinéma réaliste. En Union Soviétique, les Kinoks ont en effet apporté ce que l'on appelle le "cinéma vérité". Un façon nouvelle de voir le monde de la façon la plus réaliste possible.
Dziga Vertov, le réalisateur de "L'Homme à la caméra", en sera l'une des principales figures. Ce réalisateur aura une vision du cinéma fort peu commune, il voudra en effet refléter une réalité du monde hyper réaliste. Pour cela il va devoir s'affranchir de certains codes habituels, et pourtant évidents à première vue, du Cinéma.

Les Kinoks avaient à l'origine pour but d'aller film des images réelles de la guerre pour ensuite les projeter dans des salles de cinéma. Il est évident que Akerman n'a pas suivi le même but que ce que ces cinéastes soviétiques on suivi mais nou pouvons constater certaines similitudes dans les motivations qui sont à mon sens intéressantes à constater dans la forme du long-métrage.

Durant les 3 actes composant le récit de "Jeanne Dielman", la mère va effectuer les même actions, semblant dans l'ennui, le malaise de sa solitude. Pourtant elle semble quelque part se fondre dans ce quotidien, dans cette réalité. En fait ce sont même les événements venant changer ses habitudes (se déclanchant à partir du second jour et du retard de l'un de ses clients) qui mèneront finalement aux événement de fin de film. Jeanne est prisonnière de son quotidien dont elle ne veut pas sortir mais également du cadre (la caméra étant, à moins d'une erreur de ma part, toujours immobile).

"Jeanne Dielman" est à mon sens surtout à considérer comme un objet d'expérimentation. Il est évident qu'il est aujourd'hui compliquer de le considérer avec le regard d'un spectateur découvrant ce long-métrage en 1976. J'ai donc subjectivement du mal à voir dans cet oeuvre cinématographique un grand film, en revanche il est évident qu'il s'agit d'un film très important pour l'histoire du cinéma belge et du Cinéma dans son ensemble. La très longue durée peut en rebuter certains d'autant que le film se veut volontairement long pour étendre le quotidien de Jeanne mais il est facile de comprendre cette démarche au sein de cette oeuvre précise.

Je conseille donc grandement le visionnage de cet objet filmique qui contient une richesse assez unique dans les volontés qui l'anime.

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