L'ordre des choses

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Découvrir le cinéma de Chantal Akerman, c'est comme démarrer l'alpinisme par l'ascension du Mont-Blanc : une épreuve hors-norme. Mais si le spectateur s'accroche, celui-ci a de forte chance d'être conquis par ce voyage intimiste qu'il aura réalisé.

Reprenons en quelques mots ce qui fait de ce film une épreuve cinématographique. Sa durée tout d'abord : 3h13 ; son rythme ensuite : d'un étirement presque sans fin. Le film d'Akerman opte en effet pour un quelques choix permis les plus expérimentaux et radicaux du cinéma moderne : celui de conduire un film sur l'intimité du quotidien d'une quadragénaire veuve et mère célibataire qui se prostitue quotidiennement en recevant un client par jour à heure fixe l'après-midi. En suivant la mécanique parfaitement huilé des gestes de cette femme sur trois jours, Akerman adopte une démarche jusqu'au boutiste et s'inscrit directement dans la lignée des cinéastes "du vide", cette constellation cinématographique qui regroupe entre autres, Yasujiro Ozu (Voyage à Tokyo ; Le goût du saké ; Bonjour), Michelangelo Antonioni (L'Avventura ; La Nuit ; L'Eclipse) ou plus récemment, Wim Wenders (Alice dans les villes ; Paris, Texas ; Les Ailes du désir)

Ainsi, le spectateur se retrouve témoin de la vie de tous les jours, il l'observe préparer son café, se doucher, faire ses courses, éplucher les pommes de terre, faire sa vaisselle, dîner avec son fils. Particulièrement avare en dialogue, le film dévoile, à partir de plans fixes particulièrement travaillé, les états d'âme de son héroïne au gré des émotions que dévoile son visage. A ce titre, il faut souligner le travail pharaonique conduit par Delphine Seyrig pour donner vie aux sentiments de son personnage.

D'une démarche presque ethnographique, ce deuxième film d'Akerman est un cinéma de fiction presque documentaire, qui dissèque les états d'âme d'une femme refusant sa propre aliénation. 3h20 c'est long, très long, plus long encore dans ce cinéma au combien exigent. Mais dans ce cinéma du vide, le temps s'écoule au rythme de la vie, au grès des pauses, silences et temps morts. La suspension et l'invisible donnent alors corps à ce geste artistique féministe émancipateur.

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