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"I wanted to fabricate the drug's effects"

Avis sur Jodorowsky's Dune

Avatar Hypérion
Critique publiée par le

Même pour l'amoureux un peu honteux du Dune de David Lynch que je suis, le mythique projet d'adaptation de Jodorowsky a une aura extraordinaire. Celle, inaltérable, des projets avortés qui abreuvent tous les fantasmes, laissent place aux élucubrations les plus folles, nourrissent l'imaginaire sans jamais le rassasier... Le Dune de Jodorowsky, c'est une bête mythologique que nul n'a jamais pu apercevoir, un monstre de créativité traqué, dépecé sans jamais avoir été abattu, écartelé, religieusement réduit à une myriade de fausses reliques dispersées aux quatre vents de la SF cinématographique.

Alors un documentaire traitant de la genèse de ce projet, avec en interview les principaux protagonistes, ou bandes sonores d'archives pour les disparus, c'est un caviar qu'on ne peut pas refuser.

Dans ce genre de sujets, l'hagiographie n'est jamais loin, mais le truculent Jodorowsky acquiert bien vite un capital sympathie qui ne se dément jamais, nous faisant oublier ce genre de détails. Parce qu’il est bougrement passionnant d’enthousiasme, ce vieux bonhomme. Au fur et à mesure de ses interventions, il narre - avec une passion enfantine - pas à pas la constitution de son équipe créatrice (ses « spiritual warriors »), ses ambitions de casting démesurées qui invraisemblablement finissent toujours par aboutir (Mick Jagger, Salvador Dali, Orson Welles, etc. Et Pink Floyd au niveau de la BO aussi, au passage), la mise en scène envisagée, des bribes de scénario qui se dévoilent... Si le documentaire donne parfois la parole à des interlocuteurs un peu incongrus (Nicolas Winding ? Vraiment ?), dans l'ensemble, la brochette d'intervenants fait plaisir à voir. Et autorise le spectateur à fantasmer en surrégime sur ce qu’aurait pu être ce film. Et amèrement regretter qu’Hollywood se soit montré frileux, et réfractaire à laisser les coudées franches à un réalisateur aussi fantasque que Alejandro Jodorowsky.

Certes, on vous expliquera à raison que ce Dune jamais réalisé a essaimé tout le genre SF, que son ADN est présent dans Alien, voire Star Wars pour ne citer que les plus célèbres. Sans doute moult films n’auraient jamais vu le jour sans le Dune de Jodorowsky. Mais au final, la question posée reste « Et si ? ». Et si Dune avait été le film définissant la SF au cinéma plutôt que Star Wars ? Et si la référence de SF avait été un délire mystique mélangeant des influences européennes & sud-américaines, un porte étendard hallucinatoire d’un art voulu total, sans compromis, aussi paroxyste que son réalisateur ? Comment ne pas être amèrement enthousiaste à cette idée ?

Nul ne peut nier que la bête Dune aurait pu être une horreur foutraque, protubérante de trop d’influences mêlées, boursouflée de délires abscons et d’un mysticisme bourrin. Une créature bonne à lyncher puis abattre en place publique (en premier lieu par les aficionados du livre). Sa légende l’a de toute façon gorgée de trop de magie pour qu’on ose tenter de mettre en branle aujourd’hui, malgré les projets CGI de notre temps.

Non Alejandro, ne profère pas de telles idées. Il faut que la bête reste un rêve.

PS : Pourquoi ils n'éditent pas le giga storyboard envoyé à l'époque aux studios ? Parce que bon, il fait sacrément envie...

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