Bac de philo

Avis sur Jodorowsky's Dune

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Jodorowsky est un réalisateur fou, ses films expérimentaux font partie des œuvres les plus déjantées de l'art cinématographique, à base de cowboy solitaire et personnes faisant caca de l'or en haut d'une montagne. Dit comme ça, on se dit qu'il doit faire de la merde (hahahaha) mais ce qui est proéminent chez Jodowsky, c'est le côté visuel. En bon membre du mouvement surréaliste, le réalisateur arrive dans ses films comme La Montagne sacrée à nous transporter dans une dimension parallèle aux couleurs très 70's (des arcs-en-ciel partout). Si vous réussissez à regarder et à trouver ces films vous ne pourriez qu'en convenir, plastiquement parlant, le franco-chilien est un grand artiste, autant qu'au niveau pictural. Du côté cinématographique, il avoue lui-même rien n'y connaître ce qu'il lui profère une liberté innocente incroyable. Jodorowsky's Dune nous explique pourquoi l'adaptation du roman d'Herbet imaginé par Jodorowsky au milieu des années 70 n'a jamais était porté plus loin qu'à la pré-production. Même si les films expérimentaux sont d'abord faits pour être ressentis, le documentaire, loin d'être expérimental, pose beaucoup de questions complexes. En cette journée de Bac de Philo, je vous propose de prendre une feuille blanche, c'est parti pour 4h.

Le film nous retrace le combat pour créer le projet du film. On nous fait bien comprendre rapidement qui est Jodorowsky et au travers d'images de ses films précédents, son univers. Le but étant pour ce documentaire de montrer pourquoi Dune de Jodorowsky a eu un tel impact alors que le film n'a jamais été fait. C'est la question cinématographique du « hors-champ » de l'imaginaire laissé au spectateur. Tous les éléments sont là, storyboards, découpages technique, croquis et peintures pour les décors, tout, il ne reste qu'au spectateur de les lier entre eux. Comme un son apparaissant hors-champ dans un film d'horreur vous fera imaginer le pire, tous les éléments de la pré-production ici nous font imaginer le meilleur. Justement parce que cela fait appel au pouvoir de décision du spectateur, chacun en sortant de Jodorowsky's Dune aura construit de manière plus ou moins importante « ce qui aurait pu être ». Une vision du film de Jodorowky unique appartenant à chaque spectateur ayant pensé sa réalisation avec le cadre et les éléments de pré-production de Jodorowsky. Faire reconstituer un événement ou autre, est une méthode peu originale dans un documentaire, mais ici il s'agit de construire un film, construire ce que cela aurait pu être. Malheureusement, cela n'offre pas de regard critique, on nous fait miroiter des choses extraordinaires, de l'incroyable à travers des phrases comme « je voulais provoquer les effets du LSD sans que le spectateur n'ait à prendre de drogue » mais on ne parle pas du potentiel ratage monumentale qu'aurait pu être le film. D'abord parce que les effets spéciaux peu avancé à l'époque aurait pu très mal rendre, que lorsque l'on voit des films comme Zardoz on se dit que même sur le papier c'est pas mal, le rendu peut être un peu plat, voir ridicule. Alors oui là, c'est Jodorowsky et justement, voir quelqu'un qui fait caca de l'or dans La Montagne sacrée c'est super métaphysique, mais n'en est-ce pas moins ridicule, alors imaginé en plus un film avec Dali dedans... Parce que la question principale c'est qu'est-ce qui fait un film ? Sa pré-production ? Son tournage ? Sa post-prod ? C'est le tout qui le fait, tous les éléments, et Dali jouant, je suis désolé, mais moi ça me laisse perplexe, même si ce n'est que 3 minutes dans le film. Alors pourquoi considère-t-on dès le départ que le film aurait été génial ? Parce que Jodorowsky l'a dit.

Oui, l'autre question que je me suis posé durant le film est celle du génie. Où cela commence ? Où cela s'arrête ? Jodorowsky admettant lui-même n'avoir jamais lu Dune avant de commencer le film et pourtant disant que le film aurait été un prophète m'a laissé perplexe. Mais, je dois avouer qu'après avoir vu tous les dessins de Giger, Moëbius et Foss, je me suis dit que ça aurait été assez incroyable si le rendu avait été exactement le même, et l'on sait bien qu'au Cinéma c'est rarement le cas. Pour autant, Jodorowsky met des choses folles en place, folle de génie, de part certains plans prévus (le plan d'ouverture en travelling dans la galaxie) l'équipe réunie (Pink Floyd et Magma en B.O), et l'univers créé, mais d'autres sont aussi totalement folles comme le conditionnement de son fils pendant deux ans. La mégalomanie dont fait preuve Jodorowsky est assez incroyable mais il est bon de l'avoir montré. Certains propos du réalisateur comme celui où il prétend qu'il a violé l'oeuvre d'Herbert comme un mari doit violer sa femme car si tu l'as respecte, tu ne l'as touche pas, m'a outrageusement fait grincer des dents et je me suis dit que sur tout ce qu'avait pu dire Jodorowsky dans ce documentaire cela était vraiment la plus grosse connerie que pouvait sortir un homme imbu de lui-même, comme lorsqu'il sort une liasse de billets de sa poche (où il doit y avoir 1200euros) et te dit que ce n'est rien que c'est matériel, que ça ne représente rien. Ce qui a de valeurs pour lui, c'est sa place dans la postérité.

Surtout, Jodorowsky's Dune me pose une question. Sur cette critique, que dois-je critiquer ? Le projet de Dune par Jodorowsky ou bien la façon dont est fait le documentaire ? Si cela devait être sur le Dune de Jodorowsky la critique s'arrêterais là. Mais pourtant, c'est bien un documentaire que je suis allé voir. En réalité dans le documentaire, on parle assez peu du contenu du film, on parle beaucoup de l'équipe en partageant des anecdotes sur comment ils ont réussi à avoir Orson Wells en tant qu'acteur et Dali, des petites histoires marrantes accompagnées de quelques photos et de témoignages des principaux membres de l'équipe artistique (sauf de Jean Giraud). Le documentaire n'a rien d'incroyable sur sa forme, elle n'est pas extraordinaire, pas inventive, le seul point réellement intéressant est que le storyboard produit par Moëbius est animé, mais là s'arrête l'originalité du documentaire lui-même. J'ai tendance à voir que beaucoup se sont arrêtés au sujet, de par l'exaltation cinéphile qu'il provoque, mais peut traite la forme. Et le fait est que lorsque l'on regarde la forme, elle n'est pas à la hauteur du thème, rien d'impressionnant, rien de novateur, d'expérimental ou de fou, ce qu'un documentaire sur Jodorowsky aurait mérité, et un documentaire sur le Dune de Jodorowsky encore plus. Le fait est que le parti-pris pointe sans arrêt du doigt le génie du sujet, nous fait oublier que la forme et la façon qu'a le narrateur de raconter est fade. Tout ne serait donc, pour faire un bon documentaire, que l'affaire d'un bon sujet ? Cela est un peu décevant, je vous l'avoue. Et lorsque l'on regarde réellement, ce qui aurait pu être expérimental aurait été de nous faire vivre Dune de Jodorowsky en rentrant beaucoup plus dans les détails techniques prévus, ici le documentaire nous fait vivre l'aventure, la création (et encore très rapidement) se concentre sur des détails très abordables et aguicheurs mais ne traite pas en profondeur son sujet, ce qui est regrettable. Pour autant, on sort de ce documentaire avec une envie folle de créer des choses nouvelles, de créer ce que l'on veut et ce que l'on imagine contre vent et marrées, mais pas à cause du documentaire, à cause de son sujet.

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