A clown with a gun.

Avis sur Joker

Avatar Eddy Baker
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Inutile de continuer à colporter d'avantage la remarque faite par ce réalisateur légendaire à l'égard des productions Marvel. Pourtant, il est vrai qu'avec du recul...

2008, naissance du téméraire Iron Man et du noble The Dark Knight.

Marvel (qui sera racheté l'année suivante) ne s'intéresse guère à l'instant présent. Il voit loin, il voit grand. DC/Warner a une autre vision. Rêver, oui. Mais à l'unité. Concentrer sa force de frappe en un seul poing. Et mon dieu quelle frappe... car à jamais, celle ci sera gravée dans le socle qui porte ce grand écran que nous aimons chérir. Mais, voyez vous, cette gravure nous l'avons oubliée. Enseveli par une tempête de sable. Disney est arrivé, et il voulait faire parler de lui. C'est chose faite. Pas seulement avec des collants, mais aussi avec des vaisseaux spatiaux. A tel point que le public ne peut plus concevoir un grand projet de film, sans lien direct ou indirect avec un autre, sans scène post-générique. De nos jours et à chaque fin de séance je vois toujours des demeurés attendre désespérément la fin des crédits, peu importe la production. Mickey Trump a formaté le cinéma gros budget en seulement 11 ans. Zack Snyder tentera une séance spéléologie afin de déterrer ce symbole laissé par Christopher Nolan, cette idée d'un film appartenant à son auteur, de A à Z. S'en suivra un pétage de genoux dans les règles de la part de Warner Bros, ce qui impliquera (entre autre et milles choses) un Batman V Superman mort né. Faut les comprendre les pauvres, ils flippaient grave. Et il a de quoi flipper quand les voisins pètent tout les records, chaque année, tout en jouant à la marelle en réunion scénario. Mais en témoigne la version longue du film de Snyder, concurrent direct de Captain America : Civil War cette année là, la force de frappe est toujours présente.

2019, naissance de l'héroïque Avengers Endgame et du majestueux Joker.

Sans vouloir expulser la chose trop vite, la performance de Joaquin Phoenix dans le rôle d'Arthur Fleck est évidemment à souligner. Car une transformation physique ne fait pas de vous un acteur, et il serait temps de l'expliquer à Christian Bale. Phoenix transforme jusque son attitude et son assurance au fur et à mesure du film, aidé bien sur par la caméra de Todd Phillips. D'abord tête et épaules basses, filmé de dos, centré ou en plongé. Puis en contre plongé, son dos ou son visage occupant l'écran, terrifiant. Pour finir par des plans de face, tête haute, la démarche assurée, rayonnant. Je rêve d'un tableau occupant tout mon mur avec Joaquin Phoenix en costume du Joker, quittant le métro après un début d'émeute, les policiers courant dans le sens opposé. Clope au bec, ses bras fendants l'air, une rockstar.
La symbolique du cadre ne fera pas défaut à l'évolution du personnage. Arthur veut paraître normal, il s'y efforce de toute son âme. Il va donc, à deux reprises au court du film être vu en train de gravir cet infini escalier le menant chez lui. Le pas lourd et lent, tout comme les plans. La mine sombre et triste, tout comme les couleurs et la lumière. Mais sombrer est plus aisé que s'élever. C'est pourquoi, quand il quittera son job après avoir récupéré ses affaires, il descendra un escalier pour ensuite enfoncer une porte du pied, porte qui laissera apparaître une lumière divine l'enveloppant de tout son corps. Il retrouvera plus tard cet infini escalier, qu'il empruntera lui aussi dans le sens inverse, vêtu de son costume haut en couleurs, dansant, accompagné d'un son glam-rock des années 70'.

Question et débat sans fin : "Quel est ce Joker ? Est il meilleur que les autres ? Meilleur que Saint Ledger ? Quelle version du comics a t'il utilisé ?" Pour moi, ces questions n'ont pas à être posées. Joaquin Phoenix dira : "Le Joker de Heath Ledger est inaccessible." Bien qu'emplie de sagesse et de vérité, cette phrase n'est pas tellement pertinente si l'on veut parler du film et de ce que Todd Phillips à voulu transmettre. Étudions la question tout de même, que veux Arthur Fleck dans ce film ? Sa seule ambition et mission est d'être vu. Car il n'y a qu'en étant vu que le Joker est puissant. Miroirs, masques, publics, écrans, tels sont ses armes. Le premier plan du film le représente devant sa coiffeuse en train de se maquiller, il découvre sa force devant un miroir des toilettes publics (après une danse 100% improvisée par Joaquin Phoenix), il découvre son influence grâce aux passants portant son masque et grâce aux journaux le caricaturant. Il finira par affirmer cette influence et son pouvoir par à un sketch de top niveau, un assassinat en direct sur une grande chaîne de télévision. Chaîne qui s'empressera de couper la diffusion. Mais, la caméra en travelling arrière, le spectateur découvrira les multiples écrans des autres chaînes relayant l'information.

Ce Joker n'est ni meilleur ni moins bon, et cela vaut pour toutes les autres représentations. Ce personnage iconique, éternel adversaire de Batman, n'est qu'une couleur. Mais une splendide couleur, malléable, flexible, s'appliquant sur toutes surfaces possible et imaginable. Todd Phillips, qui ne se vend pas comme connaisseur de l'univers des comics, bien au contraire, nous a offert un Joker dans sa version la plus pure à mon sens. Car l'univers dans lequel il évolue se veut dispensable et le parallèle avec la famille Wayne presque forcé, seul mauvais point oubliable du film pour moi. On nous transmet cette idée simple du maniaque qui peut tout faire basculer.

Inutile de continuer à colporter d'avantage la remarque faite par ce réalisateur légendaire à l'égard des productions Marvel. Pourtant, il est vrai qu'avec du recul, on peut dire que DC/Warner aura porté un message clair à ses frères ennemis en 2008. Et il portera, avec un sourire tout aussi dérangeant, ce même message en ce mois d'Octobre 2019 : "Vous savez faire du chiffre, nous savons faire des films."

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