L'origin-story qui n'en était pas vraiment une.

Avis sur Joker

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Joker est bien plus que ça. L'annonce d'un film sur le passé du Joker avant qu'il ne devienne le méchant le plus connu de l'univers des super-héros pouvait rendre perplexe mais surtout méfiant. L'ennemi juré de Batman fascine et impressionne de par le mystère qui entoure ce personnage en dehors des comics. Puis après quelques photos de tournage est apparue la bande-annonce, magistrale, aux plans marquants à la réalisation impeccable (la danse du Joker dans les escaliers, le sourire écarté) suivi d'un lion d'or à la Mostra de Venise ont progressivement fait monter la hype autour du Joker et a fait de lui l'un des films les plus attendus de l'année. Il est clair qu'avec les films du MCU et du DCEU qui ont tous aujourd'hui plus ou moins les mêmes similitudes, le public se lasse, il veut du renouveau, de l'ambition. Clairement sous influence Scorsesienne (des références à Taxi Driver et La Valse des Pantins dans le film), Joker écrase toute la concurrence que sont les productions Marvel. Joker est un grand film, une poésie dramatique portée par les épaules d'un Joaquin Phoenix démentiel en Arthur Fleck. Humoriste de stand-up raté qui travaille en tant que clown de rue pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa mère, Arthur Fleck est méprisé et humilié par la société. Il subira une série d'événements tragiques, jusqu'à l'avènement du Joker, visage d'un mouvement anarchique qui s'est développé à Gotham visant à éliminer les riches qui se gobergent sur le dos du peuple. Un homme en quête d'identité, ironique car identité qu'il trouvera en se cachant derrière un masque.

Et lorsqu'il pète un câble, et qu'il réalise son premier meurtre dans une scène absolument choquante, ça fait mal.

D'un humour noir et glauque, Todd Phillips parvient à mettre le spectateur mal à l'aise en le faisant rire dans des scènes qui ne sont pas censées l'être

(Lorsque le nain ne réussit pas à attraper la poignée de porte de l'appartement d'Arthur, effrayé par le meurtre commis par celui-ci auparavant, tout le monde rigolait dans la salle, de même quand il se prend la vitre après avoir été interrogé par les deux inspecteurs.)

Le film regorge de scènes traumatisantes

(la danse d'Arthur dans les chiottes après son premier meurtre dans le métro, Arthur qui se recroqueville sur lui-même (notons que Joaquin a perdu beaucoup de poids pour le rôle et mérite l'oscar du meilleur acteur), le sourire rouge sang sur le capot de la voiture ou celui de Bruce Wayne...)

géniales grâce à la mise en scène de Todd Phillips, qui place Arthur au centre de nombreux plans du film, renforçant la symbolique de l'origine du désordre à Gotham, de méprisé à symbole de toute une population, ainsi qu'à la BO crispante de Hildur Guðnadóttir.
Malgré le réalisme profond dont fait preuve Todd Phillips dans Joker, le film reste tout de même attaché aux comics et à l'univers de Batman, multipliant les références à The Killing Joke ou L'Homme qui rit (même si son réalisateur refuse de l'admettre)

autour d'histoires de liens de parentés entre les Wayne et les Fleck. Arthur Fleck est-il le premier fils de Thomas Wayne ? Peut-être...

Joker est un choc. Ambitieux, violent, fou, épuisant, terrifiant, surprenant, fascinant, incroyable, brillant et démentiel. Sortir en salle un film de ce calibre dans un univers de super-héros de nos jours, ça tient du miracle. Je peux vous garantir que dans quelques années, on en reparlera comme un chef-d'oeuvre, et un des plus grands films de ces dernières années, offrant un fin ouverte, un twist final aux deux versions totalement opposées :

La première propose la version la plus accessible... tout est vrai. Tous les événements du Joker, le meurtre brutal de Murray Franklin (Robert de Niro) durant son passage à l'émission, critique de la société: le Joker arrive en dansant, l'air heureux et normal:

Les gens déprimés ne montrent pas qu'ils le sont, car les gens veulent
que tu te comportes comme quelqu'un de normal.

Le Joker est arrêté après le meurtre des parents de Bruce, l'accident de la voiture de police et les manifestations et est transféré à la prison d'Arkham. La deuxième, théorie devenue possible grâce au flash-back d'Arthur dans la prison d'Arkham montrant les parents de Bruce Wayne (-je pensais à une blague [...] vous ne saisiriez pas.) révèle qu'il ne serait qu'à l'origine de leur mort seulement et que tous les autres événements précédents du Joker, magnifiques ou horribles, ne sont que le fruit de son imagination, de la pensée, de ce qu'il aurait voulu être aux yeux des autres:

J'espère que ma mort aura plus de cents que ma vie.

La chute d'un homme en quête d'identité qui se révèle enfin aux yeux de tous en devenant le Joker.
Et dans une dernière danse d'émancipation, de la volonté de faire sourire les autres et rendre les gens heureux , de la dépression à la folie, Arthur Fleck n'est plu. Le Joker est né. Faites place au chaos !

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