"Chef-d'oeuvre"

Avis sur Joker

Avatar Satan Officiel
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Tel le Rédempteur je me suis sacrifié pour mes lecteurs, (parce que mon influence est indescriptible) et je suis allé voir Joker, non sans aprioris, mais prêt à être surpris ou au moins à trouver ça convenable, peut-être même à me faire faire fermer ma gueule…
Mais dieu que c’est bon d’avoir raison, de pouvoir me faire mousser parce que j’ai trouvé ça lamentable ! J’en jubile !
Il faut bien que j’essaye de tirer de l’intérêt de cette expérience désolante…

Donc, le film…

Ce n’est rien du tout.

Je pensais que le terme de chef d’oeuvre ne pouvait pas être plus galvaudé cette année qu’avec la dithyrambe dont a bénéficié Parasite (qui est néanmoins correct), mais là on est sur un stade encore supérieur car non seulement on est face à un machin sur-côté, mais on est surtout devant une grosse merde, peut-être la pire que j’ai vu cette année (sachant que je ne me suis pas encore sacrifié pour les Marvel de l’année), alors qu’on a quand même eu Hellboy, dont j’ai pu au moins me moquer.

Globalement, Joker est un immense pet foireux faussement auteurisant et anti-système, prétentieux et grossier, qui n’a même pas la décence d’être juste régressif comme un Hangover et qui ferait passer Snyder pour un cinéaste qui comprend ce qu’il aborde.

Donc je l’avance tout de suite, Very Bad Trip 3 est un mauvais film mais c’est un meilleur film que Joker. La réalisation est juste navrante, et quelque part si les effets de mise en scène de Todd Phillips ne seraient pas aussi conventionnels on pourrait presque dire que c’est un auteur et que Joker porte les mêmes stigmates que ses autres films (ça part contre je peux le dire).
Et ce n’est pas la photographie prétendument crasse qui va changer cela, plus artificiel tu meurs, ça serait presque aussi clinquant que Suicide Squad, sans être aussi laid je veux bien le concéder.
Et on ose quand même inscrire ça dans le sillage de Taxi Driver, qui lui était un film réellement radical et à l’esthétique poisseuse. Et qu’on ne vienne pas me sortir que c’est un film Hollywoodien, que je ne peux pas le comparer… Alors que déjà le film l’a déjà fait avant moi, et puis le relativisme ne sera jamais une excuse à la médiocrité.
Donc, les quelques scènes de poursuites sont mal montées, illisibles, ne recherchent pas à être chaotiques, elles sont juste à l’image de tout le film: d’une banalité et d’un conformisme latent, elles n’ont aucun impact, et elles sembles même bâclées, comme Phillips réalise ses comédies…à la va-vite, sans penser au sens d’un plan. Et je ne parle pas de symboliques évidentes, mais bien de l’agencement d’un plan au sein d’un corpus cohérent et un minimum fin.

Tout le projet scénique supposément iconoclaste ne repose que sur un jeu grossier sur les flous et sur une caméra portée, pompée à droite à gauche dans un imaginaire auteurisant et social que Phillips n’a visiblement que trop survolé. Faire toujours les mêmes effets n’est pas suffisant, surtout si il n’y a aucune appropriation derrière, désolé.
On a droit à tout: le gars qui se regarde dans le miroir, le gars triste collé contre une vitre (d’ailleurs un des derniers plans dans la voiture de police m’a lourdement rappeler The Dark Knight), un gars qui pleure en gros plan, qui met son visage dans ses mains, tout le champ visuel du gars solitaire, avec le montage et la musique publicitaire qui va avec, elle est belle la subversion…

Tout ce film n’est qu’une entreprise de « coolisation ». J’ai eu l’impression de voir un film voulant être adulte traité de manière adolescente et donc l’étant par conséquence…
Ainsi il y’a beaucoup de séquences clipesques ou Phoenix danse au ralentis sur de la musique grossière, ça ne sert à rien, ça n’icônise rien, ce n’est que du paraitre, que du vu et revus, aucun intérêt. Toutes les séquences ressemblent à l’idée clichée qu'on se fait et du Joker et de la folie, d’autant que toutes les scènes sont annoncées et sont rendues prévisibles par la musique bourrine qui te dit que ça va être sombre, triste ou révélateur.
On la cherche la mise en scène folle à l’image de son personnage ! Mais c’est peut-être parce que le personnage est autant un encéphalogramme plat que la mise en scène qui l’accompagne. Autant pour moi, c’est raccord !
Et puis en terme d’assistanat, on est clairement dans de l’indécence prononcée à un haut degré. Je déteste qu’on me prenne par la main pour m’expliquer lourdement ce qu’on aurait du me faire comprendre subtilement ou de façon insolite, surtout que pour un film qui traite de la folie (et donc possiblement de sa fugacité ou de son imprévisibilité) c’est franchement contradictoire tout cet assistanat. Il faut bien que l’on m’explique ce qu’il y’a de bizarre avec la mère, alors qu’on le remarque dès le début, d’autant qu’il y suffisamment de facteurs pour faire sombrer le personnage, ça ne sert à rien de l’accabler, surtout quand aucun de ces facteurs n’est traité. Il faut qu’on te foute une love story qui ne sert à rien mais qui n’en est pas une (et qui sur-appuie le motif du flingue dans la tempe comme le ferait un gamin de 12 ans qui réaliserait un film sombre) pour faire un twist tout pété et sans aucun impact à la Fight Club, parce que c’est tout ce qu’on avait à faire avec la folie.

Un assistanat qui s’inscrit dans cet autre défaut consistant à forcément t’expliquer le mal, du coup se pose la question de l’utilité du machin, il ne peut qu’être moins fascinant et terrifiant si on nous l’explique ce mal
Mais ceci étant dit, j’accepte de dire que c’est un problème périphérique, car probablement qu’un bon cinéaste aurait pu bien traiter exactement la même histoire. Mais ici, on veut tellement t’expliquer que le personnage souffre, alors que Phillips n’y arrive pas, ni à faire ressentir un environnement étouffant ou un quotidien balisé, puisqu’il fait plus une pub pour un parfum vintage et rebelle qu’un film à l’ambiance anxiogène.

Cette rationalisation, cette sur-explication vient casser l’icônisation, cette volonté de rendre culte une figure dont l’aura est déjà établie avant même d’avoir vu le film. Phillips se repose sur les mêmes archétypes du sujet et les représentations pré-établis du Joker pour ne faire que la même chose en moins fin que (au hasard) Taxi Driver, mais en plus avec une victimisation foireuse amenant à un propos aberrant et faussement anarchique, et en te ressortant des tirades de Killing Joke complètement sorties de leur contexte.
Ce qui m’emmène donc à cette séquence ou le Joker dit qu’il n’est pas politisé, comme si Phillips n’assumait pas se qu’il entreprenait, comme s’il n’assumait pas de prendre partie, et qui résume assez bien ce film qui veut en faire beaucoup mais qui ne dit et ne fait rien.
Et puis comment veut tu créer un sentiment de révolte crédible et important sur un postulat aussi con qu’une révolte qui émane d’un mec déguisé en clown qui tue des traders et une grève des éboueurs qui n’est pas traitée.
Il faut vraiment qu’on m’explique en quoi cela créé des émeutes. On parle de quidams, pas de Thomas Wayne, pas du maire, ce ne sont juste que trois jeunes cons petits bourgeois qui se sont fait tuer, nous sommes dans un simili New York, ça n’a aucun sens. Par contre c’est totalement logique avec la vacuité du « message politique » de ce film, qui ne se base sur rien de concret et qui enfonce des portes ouvertes. De ce fait, tout est ultra policé et aucun des sujets que Phillips prétend traiter ne l’est. Je me marre d’entendre que ce film à un propos politique, il ne suffit pas de foutre des émeutes et de rappeler lourdement la lutte des classes avec des ralentis putassiers pour avoir un propos riche, surtout que la séquence qui ferait la « thèse subversive » du film est ridicule, attendue et ce qu’elle dit n’est qu’une lapalissade. Merci, grâce à Todd Phillips, j’apprend le concept d’inégalité sociale, et de rejet social, on se croirait devant Black Mirror putain…

Tout ça est sensé souligner une note d’intention sérieuse et subversive, alors que c’est totalement en accord avec la putasserie de la musique et l’utilisation outrancière des ralentis, à l’écrire on dirait que je parle d’un film de Xavier Dolan…

Mais je crois qu’une des séquences qui symbolise le mieux l’échec complet de ce film (parce que j’aurais pu passer sur le message si quelque chose de vrai se passerait ailleurs) c’est lorsque Phoenix (qui n’a jamais joué aussi mal et qui sera donc en toute logique récompensé pour cela) s’apprête à faire son premier one man show. Le spectacle commence, et en fait on n’y assiste pas, le son s’étouffe, on a un ralenti et une musique ultra explicative. Phillips se refuse de créer du malaise, alors qu’il ne fait que le revendiquer par le fait même d’adapter le Joker et parce-qu’il cite ouvertement La Valse des Pantins comme un gros sagouin. Ils n’ont rien vu à la Mostra ou quoi ?

Notons d’ailleurs ce traitement absolument ridicule de la folie, qui ne se résume qu’à une pathologie lénifiante et misérabiliste, un rire et une mauvaise journée, ayant pour résultat d’avoir un film au final ultra consensuel, qui se refuse de faire de son personnage principal un être véritablement anarchique, terrifiant et potentiellement détestable, au point même que le prétendu anti-héros va s’opposer à une figure antagoniste. Évidemment il n’est pas question de rapports de force qui s’inversent, d’ambiguïté ou de relecture des notions de bien et de mal, ce n’est juste que la cristallisation du manque total de réelle charge corrosive, sans cesse revendiquée en surfasse, mais jamais traitée dans les faits.

Cet effet de coquille vide on le retrouve également dans le traitement de la violence. Je passe rapidement sur le premier excès dans le métro, trop distant, lourd et prévisible.
Pour le reste ça fait surtout office de pièce rapportée, c’est à dire que c’est un cache misère qui serait sensé prouver que le film est noir, violent, désabusé, alors que tout est ultra banal, policé et que rien dans l’écriture et dans la mise en scène du personnage ne laisse transparaitre un tel potentiel, quelque chose qui t’atteindrait sous ta peau et te violenterait sans que tu puisse identifier de quoi il s’agit.
Concernant la fin avec De Niro (qui cachetonne comme un gros porc d’ailleurs) elle est ridicule et est en accord avec la simplicité de la thèse déjà cité plus haut.
La séquence qui m’intéresse ici, et qui est d’ailleurs probablement la seule réussie (alors même qu’elle n’arrive pas à s’intégrer au ton et au traitement du film), c’est la séquence ou Phoenix fracasse un mec dans son appartement. Pour le coup on ressent bien la violence, par la rapidité de l’action et le montage, et j’aime ce côté sadique (mais pas assez) qui transparait de ce plan tout simple ou le nain est bloqué parce qu’il est trop petit, c’est probablement la seule blague drôle du film, dommage que la séquence soit bien trop indépendante du film, et que pour le reste elle ne soit que le corollaire de l’esbroufe/fumisterie de ce machin.

Enfin, on compare déjà ce film à Logan, à tort évidemment. Il y’a quand même un monde entre un film comme Logan, qui de part une écriture en premier plan très simple, réellement proche de ses personnages, par la finesse de sa mise en scène, de ses rappels, de son écriture, s’avérait plus dense qu’il ne le paraissait et faisait apparaitre en sous texte différents niveaux de lectures; et ce truc qui nous assène constamment un contexte social et qui au final ne le traite pas, et qui d’ailleurs ne traite pas toutes les sous intrigues qui sont balancées comme dans un bingo des sous intrigues obligatoires, histoire de toutes les mettre. La mère méchante, les Wayne, la maladie, le boulot, le stand-up, mais au final rien n’est traité…

Et je peux accepter que l’angle soit différent, Burton pour qui la figure du Joker ne l’intéressait visiblement pas tant que ça en a fait un monstre de son imaginaire dans un film de monstre, un poète désaxé.
Le problème de Joker c’est qu’avec un tel incompétent à la barre, son point de vue d’auteur est soit inintéressant, soit inexistant. Même Nolan que je ne porte pas forcément dans mon coeur à compris quoi faire du Joker, comment le rendre fascinant et incontrôlable, il lui faisait dire tout et son contraire, nous racontant à chaque fois un traumatisme sensé le définir, mais qui s’avérait à chaque fois différent et donc qui annulait le précédent.

C’est consternant de voir un machin pareil érigé comme la perfection ou la « claque de l’année » alors que ce n’est rien du tout. C’est atterrant de voir qu’il suffit de rajouter du sang (puis franchement même en ayant ce réflexe puéril d’essayer de me rattacher au gore, j’ai vu plus percutant et crade, sans forcément lorgner vers des films complètement déviants) pour faire croire à la violence, de citer les 70’s pour qu’on crie au génie. Le cynisme qu’il s’en dégage n’est finalement pas si loin de celui du MCU, de Deadpool et de tout autre truc opportuniste du genre. Il suffisait juste de se cacher derrière une esthétique auteurisante (mais qui ne l’est pas au final) mais la nostalgie, la noirceur pas assumée, l’enrobage putassier qui ne laisse pas de place à la subtilité, ou à l’ambiguïté, toutes les caractéristiques du film infantilisant et bête dans son degré le plus premier, sont là.
En cela Joker est le film de super-héros le plus subtil et subversif de la décennie, dans l’art de faire passer les vessies pour des lanternes, tout le monde a marché…

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