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« Qu’obtient-on quand on croise un aliéné mental solitaire avec une société qui le rejette comme un malpropre ? »

Quelle œuvre qui dialogue avec son temps, quelle intelligence dans les messages transmis qui portent le spectateur à réfléchir, à reconsidérer sa personne et le monde qui l’entoure. Too much ? On a un personnage malade, un tueur, un terroriste en devenir même. Et pourtant on est pris de compassion, on s’identifie même, à cet être basculant dans l’ultra-violence. Cette violence qui semble être la dernière chose qu’il a à offrir comme réponse à ce monde qui le rejette tout entier. Le personnage déjà charismatique de l’univers DC entre dans une autre dimension encore. Il en devient même un symbole de l’insurrection sociale. Car ce film laisse en filigrane un message fort, presque dérangeant. Qui justifie la violence dans un contexte sociétal devenu trop inégalitaire, trop injuste (à l’image de nos Black blocs) face à cette oligarchie ‘fictive’. Matérialisant de facto un désamour flottant mais manifeste du riche, de l’héritier, du parvenu, de celui qui réussit dans notre société, elle, bien réelle. Mais la classe moyenne, apolitique, la ménagère est raillée aussi quand elle prend pour argent comptant les messages politisés de la télé (si la télé dit que c’est un gars bien c’est que ce doit forcément être le cas) et quand le prétendant à la mairie passe à la télé, la seule chose qu’elle trouve à dire est « il a grossi non ? ». Aussi, un des messages de ce film est de pointer l’intolérance sociale dans laquelle baigne le personnage. Un monde (le nôtre ?) où la différence est vue comme une difficulté d’intégration et le trouble mental comme une réalité à ignorer. Un monde tendant donc à une normalisation des comportements en société. La figure du Joker montre bien ce tiraillement entre l’être soi et l’être social. L’être soi qui lui est bridé, limité dans ce qui fait de lui sa singularité pour qu’il puisse rentrer dans le moule normatif de l’être social. Finalement une injonction officieuse, exercée par chacun afin ‘d’être adapté’ pour être accepté ou plutôt acceptable. Etat de fait posé par le film que je trouve intelligemment lié au mal de notre époque : les maladies de l’âme plus que les maladies du corps (troubles psychologiques et autres dépressions face à ce monde qui nous guide insidieusement à ne pas être trop soi. A vivre en société, à ne pas se mettre à danser sur un quai de gare comme ça tout de même, ça paraîtrait inadapté).
Un autre aspect ténu mais critique de ce film est pour moi l’humour ironique comme facteur de normalisation de la discrimination. C’est-à-dire une sournoise et lente banalité de l’humour discriminatoire qui devient vecteur de l’indifférence et d’une mentalité nocive et corrompue. Procédé à l’œuvre que l’on ressent puissamment avec notre Joker qui rit à contretemps sur les blagues misogynes d’un ‘humoriste’ sur scène à un moment. On se demande nous-même si ce sketch est effectivement drôle et s’il n’est pas ferment d’une mentalité gangrénée qui justifie l’intolérance sous couvert de ‘l’humour’.

En réfléchissant oh combien j’ai trouvé ce film poignant et intelligent, j’en aurais presque oublié ses qualités intrinsèques. Car effectivement, Joker est un bel objet de cinéma. Une photographie magnifique, à la limite de l’hypnose. Des scènes esthétiquement mémorables avec une lumière travaillée, telle qu’elle suggère l’ambiance par elle seule. Une musique avec une corde grave pour un mal-être plaisant. Sans oublier un Joaquin Phoenix dans ses belles heures. Ce Joker était de base un personnage écrit pour un grand acteur. Un rôle taillé pour Joaquin Phoenix, lui l’habitué des personnages tourmentés.

Finalement, je crois qu’on ressort changé de la salle. Un film dans un univers de comics, qui s’est pourtant présenté à moi comme porteur d’une critique sociétale et systémique.
Comme une envie d’insurrection.

Choumii
9
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