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Allez voir un film de Todd Phillips le jour j, je n'aurai jamais cru que cela serait possible et pourtant, c'est arrivé, j'ai vu Joker le jour j, et que l'attente fut grande autour de ce film. A l'annonce du projet, il y avait de quoi trembler: encore un film avec un Joker après la décevante version de Jared Leto. Ce personnage est devenu avec le temps une icone, une sorte d'emblème tant il demande à son interprète un investissement personnel de grande ampleur. Heath Ledger en est mort, la carrière de Jared Leto en a pris un coup. C'est pour cela que ce personnage occupe une place si importante dans le cinéma moderne. On pourrait presque écrire des mythes et des légendes autour de ce seul personnage.

Un nouveau film avec le Joker, bon très bien. Sans Batman, hmm oui pourquoi pas. Et ça sera une histoire originale écrite par Todd Phillips: euhhhhh. Honnêtement, le projet en lui-même, avant de voir les premiers visuels avaient de quoi faire peur. Puis, le film s'est imposé à Venise comme une révélation. Et depuis, c'est le film le plus médiatisé depuis Endgame. Comment expliquer qu'un film sorti d'un univers de comics puisse avoir autant de porté sur le monde actuel? Tout simplement parce que le film n'est pas une adaptation de comics mais une critique ouverte sur la société actuelle, notamment sur le système américain et le Joker est l'incarnation ultime des marginaux dont la folie ne peut faire avancer un monde figé. Joker est un chef d'oeuvre, c'est incontestable. Il est une réponse au MCU et à tout autre film de super-héros.

Je ne vais pas essayé de faire une comparaison avec d'autres Joker car cela n'aurait vraiment aucun intérêt. Ce film n'est comparable à aucun autre car dans le fond, il aurait pu s'appeler totalement différemment et ne jamais mentionné le Joker. Ce n'est pas le Joker des comics, c'est la version que notre putain de monde pourrait proposer de ce personnage. Là où je veux en venir c'est que le film n'existe pas parce que c'est un film sur le Joker. Il existe parce qu'il est capable de nous montrer le Joker que notre monde mériterait. Un laissé pour compte, malade, dans la vie s'écroule, une vie de mensonge, et qui plonge dans la folie car seul ça peut lui procurer le plaisir d'être en vie. Le constat est sans appel: le film fout la haine, la haine contre une société qui est inégal, injuste et où certaines personnes seront toujours protégés.

De la noirceur de Joker ressort la noirceur dans laquelle des gens vivent quotidiennement. Une sorte de poésie de l'obscur, des bas fonds dont tout le monde connait l'existence mais sans jamais vraiment faire attention. Une réplique du film fait vraiment écho à ce constat: "Si vous me voyez par terre, vous ne ferait pas attention, vous me marcherait dessus". Cette réplique résume l'ensemble du film: on ne fait pas suffisamment attention aux autres et sans jamais s'en rendre compte, certains plongent dans le néant. Et parfois, cela engendre des Joker. Des âmes habitées par une folie, l'envie d'exister, et qui doivent passer par le mal pour le faire. Autre point important: ce personnage passe par le mal car le bien n'a pas fonctionné: "My Mother, always tells me to make people happy" (pas trop sûr de mon anglais). Ce personnage a d'abord tout tenté de faire le bien pour exister, faire rire est une chose importante, mais, il n'avait comme seul réponse, des coups de la société. C'est pour cela qu'il en arrive à tuer, et en regardant bien, il ne tue pas gratuitement, il tue les personnes qui font de la société dans laquelle il vit, un monde d'inégalité et de non attention.

Évidemment, le film s'intègre tout de même dans l'univers de Batman: il y a des similitudes avec les films de Nolan, des points liés directement au comics mais le film démystifie une grande partie de l'histoire Wayne. Et, pour le coup, j'aimerais vraiment savoir quel genre de Batman pourrait évoluer dans ce monde. Possiblement un Batman qui se retrouverait à tuer. Si vraiment, une saga de film devait voir le jour dans cet univers-ci, faudra vraiment se préparer à voir du jamais vu dans la mythologie de Batman.

Joaquin Phoenix, faut-il vraiment préciser que son travail sur ce film est titanesque? Je pense que s'il y a bien une chose sur laquelle on pouvait se reposer avant de voir le film, c'est qu'il était fait pour ce rôle, quand même la bande annonce fout le frisson. C'est la première fois que je le vois aussi pris dans un rôle, on en revient au fait que ce personnage demande un travail énorme. Mais, le plus prenant dans le film, c'est qu'à partir du moment où il est maquillé, on ne le voit plus, on ne voit que Joker sa nouvelle version de lui-même. C'est vraiment prenant et déstabilisant. Tout le film ne tourne pas autour de la performance de Joaquin Phoenix cependant: il y a beaucoup de détail, une vrai mise en scène abyssale pour montrer à quel point la cité est malade et prêt à imploser. Todd Phillips fait des choix de caméra judicieux, montrant la solitude de son personnage en le plaçant régulièrement au centre du cadre sans rien autour. Cela traduit aussi, l'impact que son personnage peut avoir sur la ville.

Il y aura un avant et un après Joker. Ce film est une critique du système, une sorte de cri d'alerte: faites attention à celui qui dort dans la rue car demain, il pourrait être celui qui fera de votre vie un enfer. Le film est puissant, certaines scènes sont déjà cultes comme la dernière séquence. Joker ne se veut pas être une version comics. Il est là version que le monde pourrait avoir si jamais. Le film se fait démonter au USA, quelle surprise, la remise en question du système américain est tellement puissante que ça dérange les mœurs. Joker est un putain de chef d'oeuvre, un film obscur, qui ne laisse aucun répit et laisse le spectateur impuissant face à la descente au enfer d'un homme que la société rejette sans cesse. Indispensable et terrifiant.

Bastien_Rae
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