Faim d'empathie

Avis sur Joker

Avatar Fab Lyon
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Todd Phillips était critiqué avant même qu'il n'ait commencé à travailler sur ce film. Il allait en faire une bouffonnerie et ce serait, évidemment une merde. Quand l'annonce a été faite que Joaquin Phoenix prenait le rôle du Joker, que n'a-t-on pas lu sur lui et sur le fait qu'il se fourvoyait et qu'il ne tiendrait pas la route. Et puis, le film est enfin sorti. Et toutes ces critiques, je peux le dire, sont des bruits de pets de personnes jalouses et aigries. Son film est un plongeon étouffant dans la folie meurtrière d'un homme.

Je vais d'abord parler ici de l'interprétation. Celle de Phoenix (qui a perdu 25 kg pour le rôle, donnant un côté animal décharné à son corps) est tout simplement bluffante. Car au-delà de la prouesse physique, son jeu est excellent. Le rire qu'il a trouvé pour le Joker, glaçant et violent à la fois, est une perfection. Ses regards, sa capacité à passer d'une expression à l'autre en plan séquence, tout est parfait. Il ne campe pas le Joker, il l'est, pleinement, entièrement. Et ce, du début du film où celui ci est terré au fond de son personnage à la fin où il explose totalement. De plus, il sait rendre son personnage attachant ... ce qui est d'autant plus dérangeant.

Mais ce n'est pas le seul à offrir une prestation de qualité. Zazie Beetz en voisine de palier d'Arthur Fleck / Joker est excellente tant elle sait être totalement différente et crédible dans tous les aspects de son personnage. Robert De Niro, en animateur de late show comique, est plus que crédible, livrant au passage une critique des médias assez mordante par sa façon d'aborder son personnage. Frances Conroy, en mère étouffante d'Arthur, tient son rôle à la perfection, équilibrant le film par un contre poids nécessaire à l'agitation du Joker. Enfin, Brett Cullen est excellent en Thomas Wayne (père de Bruce, futur Batman), campant un personnage ambiguë et bien peu sympathique. Bref, le casting est excellent de bout en bout.

Mais au delà du casting, c'est l'honnêteté du film qui surprend. Phillips film l'émergence du Joker, sa création, sa naissance. Il ne le fait pas de façon faux-cul, mais bien frontalement, sans morale, sans prendre partie. Il laisse au contraire le spectateur se démerder avec son éthique. Il n'est pas là pour dire le bien et le mal, mais pour filmer l'émergence d'une des pires ordures des comics DC. Et autant le dire : c'est ce qui fait que son film est un grand film !

En prenant le pari de l'intelligence du spectateur, de sa capacité à savoir où mettre la limite, de l'idée qu'après tout le Joker a des fans et que ces fans sont sans doute un peu malsains quelques part (et il fait bien la distinction entre fascination et adhésion à l'idéologie), Phillips livre un film noir, poisseux, glauque, dérangeant. A l'esthétique nihiliste et punk assumée. Et ça fait un bien fou !

Dans la salle où je me trouvais, pourtant jour de la sortie et salle complète, le silence totale s'est installé très vite. Un silence lourd, de personnes gênées, dérangées . Et à la fin du film, la salle s'est vidée en silence, ce qui est rare. J'ai pu constater du coup l'impact de ce film, uppercut à l'estomac qui vous fige. Fable immorale qui nous oblige à revoir nos positions quand à ce que l'on pourrait appeler le mal mais en fait la violence et la façon dont on souhaite régler les conflits qui nous traversent tous.

Si l'on ajoute à cela une utilisation fabuleuse de la musique, une façon de filmer immersive et une photo léchée et travaillée, c'est certain, DC au cinéma tient là son premier véritable grand film de ... super vilain ! Sans oublier cette ville de Gotham City, immense, puante, décadente et froide, mise en image comme rarement. L'écrin parfait pour un personnage aussi noir, et un contexte sociale aussi bien défini. Car à Gotham, les riches sont de plus en plus riches, au détriment des pauvres. La révolte est presque là, elle ne demande qu'a émerger... Mais sous quel trait ?

Je ne peux que vous encourager à aller voir ce film, à vous faire un avis. Les polémiques stériles et idiotes qui entourent sa sortie sont le fruit de dizaines d'années de cinéma pop-corn sans prise de risque. Là, c'est l'inverse : ce film est une énorme prise de risque permanente, et c'est payant ! A voir donc ! De toute urgence !

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