ignoble

Avis sur Joker

Avatar Olivier Bretagne
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Plusieurs fois j'ai voulu quitter la salle, tellement j'étais mal à l'aise par ce récit, tellement je le trouve voyeuriste et sordide, malsain et triste.
Pour autant il n'a jamais de perte de rythme, la musique de big band est décalée ce qui est très réussie et les acteurs sont surprenants.
On trouve de tout et son contraire, c'est peut être pour cela que je suis resté jusqu'au bout.

Reprenons, d'une part c'est un homme, au départ handicapé par une comportement "différent", et qui tombe. Plutôt qu'on regarde tomber.
Il tombe parce qu'il est rejeté, par son employeur, par ses collègues, par les modèles qu'il s'est forgé comme le présentateur télé comique qu'il adule et qui pourtant n'hésite pas à le ridiculiser en public, et y compris par sa mère qui lui ment et le manipule.
Il est rejeté par la société parce que différent, et se trouve seul dans la ville. La ville pourtant remplie ne s'occupe pas de lui ou bien artificiellement dans des bureaux laids de l'aide sociale avant de l'abandonner pour de bon.
Il tombe donc, et on le regarde tomber ce qui est sordide et culpabilisant.
Par hasard on lui fournit un revolver, et sous pression il s'en sert tuant 3 jeunes gens, idiots.
C'est le début de l' "aventure" du joker que le film essaye de relier sans grande conviction à l'histoire de Batman. Sur ce dernier point on s'en fout d'ailleurs complètement.

Une fois au fond du trou, il se libère des conventions. Si c'est un fantôme pour tout le monde pourquoi est ce qu'il accepterait de se faire emmerder. On comprend "presque" qu'il tue son collègue hypocrite, qu'il tue sa mère, qu'il tue le présentateur. On n'y peut rien, rien pour l'aider, rien pour l'arrêter et il est tellement réel que regarder ce spectacle est une expérience pénible.

Malgré lui, ses crimes dans le metro cristallisent un mal-être dans la ville. Un mouvement de clowns masqués se met en place, et déclenche des émeutes, faisant du Joker un héros. Cette partie est peut-être moins crédible (le criminel masqué comme déclencheur d'émeutes est peut-être excessif) mais fait partie du folklore de Batman et sert de justification à l'histoire.

Mais d'autre part et c'est très surprenant, c'est un film graphiquement et artistiquement bluffant.
D'abord les images sont très belles et les décors sont riches. Le plateau de télé sur lequel Joker est reçu est tellement bien fait qu'on y croit à 100%. Les couleurs sont chaudes (pour un film sur la froideur), le grain de l'image est fin et plusieurs plans sont marquants. La scène de danse du Joker dans les grands escaliers, seul dansant avec sa bande son dans la tête est un grand moment de folie mais surtout une scène graphiquement splendide. La projection de sang sur le maquillage blanc est du même niveau, entre folie et beauté graphique.
Les acteurs alors évoluent brillamment, dans un monde crédible où les images et les sons sont en décalage avec ce qu'ils font, et ils font peur. Ce qui ajoute au malaise de l'histoire. Dans la même veine que Requiem for a Dream, on s'approche ici très près de la folie, et il faut aimer ce genre d'expérience.

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