Ne nous extasions pas (trop).

Avis sur Joker

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Je suis allé aussi voir Joker vendredi, mon avis se structure sur plusieurs éléments énoncés par d'autres personnes.

-> La performance de Joaquin Phoenix

Joaquin Phoenix est un excellent acteur, cela n'est plus à prouver avec par exemple Her. Dans Joker, il est aussi pas mal mais je dois dire que j'ai eu beaucoup de mal avec son rire qui pourtant est une chose pour laquelle il a énormément travaillé. Peut-être que j'ai du mal parce que le rire dérange ou simplement car je l'ai trouvé faux. Certaines personnes pensent que Phoenix mérite son oscar pour ça, faudrait peut-être pas déconner.

-> Une critique de la société actuelle ?

Alors beaucoup de gens disent que c'est le reflet de notre époque, alors certes c'est vrai MAIS le film se passe dans les années 1980 et c'est un détail que tout le monde semble oublier. C'est beaucoup plus profond car le film n'est pas seulement une critique de la société actuelle mais démontre que les problèmes présents dans les années 1980 sont encore d'actualité en 2019.

Le reflet que je trouve vraiment drôle est le parallèle entre les manifestations des gilets jaunes et des clowns de Gotham.

Mais je ne le trouve pas pour autant réellement subversif. La critique riches VS pauvres est assez surfaite. Les éléments politiquement incorrect ont déjà été vu auparavant

comme le meurtre à la télévision (cf. Network, God Bless America etc...).

La seule scène vraiment ingénieuse sur ce point est

celle avec les riches qui regardent Les temps modernes où Chaplin, nouveau riche ayant vécu dans la misère, se fout dans son film du traitement des riches envers les pauvres ; et dehors du cinéma, des pauvres manifestent à cause du traitement réservé par les riches. Le clin d'oeil à Chaplin n'est donc pas gratuit.

-> L'esthétique

Les images et les plans sont assez somptueux et retranscrivent bien une certaine tradition esthétique du cinéma de la fin des années 1970 et du début des années 1980. Les choix de photographie avec des couleurs verdâtres et jaunâtres illustre bien le côté poisseux de la ville.

-> La référence majeure

Joker brille par ses références : Taxi Driver est sûrement la référence la plus forte avec

la main qui simule un pistolet collé sur la tempe

ou plus basiquement, la présence de De Niro. Cependant, au niveau des thématiques c'est vraiment très similaire, à ce point qu'on se demande si le Joker apporte vraiment quelque chose de nouveau.

-> A propos de la fin

Pour la mort des parents de Bruce Wayne, je trouve que

la version de Burton où le Joker tue les parents de Wayne beaucoup plus forte et symbolique qu'un simple inconnu sorti de nulle part.

Bien entendu, il y a eu énormément de comics développant chacun une vision du Joker.

-> Le scénario : on ne sent pas les 2 heures passées et pourtant...

Pour le scénario, le réalisateur se réveille un peu trop vers la fin. On arrive au bout de 2 heures de mise en place et on se dit : eh bah c'est tout ????

On aimerait voir maintenant le génie du mal complètement à l'oeuvre.

Du coup, cela paraît assez étrange quand le réalisateur explique qu'il a prévu son film comme un one-shot sans envisager une suite.

Certaines personnes voient dans le fait que les poubelles non ramassées dans Gotham porte un message écologique sur notre monde dégradé mais pour moi c'est surtout un prétexte dramaturgique du désordre social.
Plusieurs personnes disent que le Joker est surtout malade à cause de la société, oui encore mais
c'est surtout

à cause d'un énorme traumatisme à la tête.

Fondamentalement, y a rien de neuf non plus. Le film commence par le Joker qui se fait tabasser dans une ruelle, scène émouvante mais pas non plus originale.

-> Bilan sur le Joker et le genre du super-héros adapté de comics

Pour résumer Joker reste un bon moment avec de bonnes fulgurances. Il est par contre symptomatique d'une décennie pourrie par la surabondance des films de super-héros adaptés de comics.
Enlevez toutes les références au comics en racontant la même histoire avec Arthur, la ville de New York, aucune référence à Batman et jamais la Warner, ni le public n'aurait pris le risque.
Dès qu'on propose un blockbuster un peu qualitatif à un public ramolli, ça passe direct pour un classique instantané, un film révolutionnaire et original alors que pas du tout.

Et donc pour conclure : Les années 2010 marquent une overdose du genre du super-héros dans le blockbuster actuel. Depuis 2008 avec Marvel, on se bouffe uniquement des blockbusters de piètre qualité. Peut-être peut-on signer la fin des blockbusters avec Jurassik Park ? Plus aucune prise de risque de la part des majors qui produisent uniquement du comics, des suites et des reboots. Il peut bien entendu y avoir de très bons remakes (Scarface), de très bonnes suites (Terminator 2) et de très bons films de super-héros (V pour Vendetta). Mais il y a réellement un trop de films dans le genre.

Il y a encore quelques blockbusters qui sortent du lot : Premier Contact par exemple mais trop peu. Pour ce qui est du blockbuster moderne, on peut regretter l'époque où chaque major proposait plusieurs films de différents genres par an et ne se contentait pas de sérialiser le cinéma à coup d'univers cinématographiques calamiteux.

Joker est un bon film mais qu'il marque l'histoire du cinéma, qu'il devienne aussi rapidement un classique instantané, je trouve ça ridicule, suicidez-moi.

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