Victime boloss

Avis sur Joker

Avatar Legeno
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Le visionnage aura à peu près confirmé chaque attente et chaque crainte que j'avais sur ce film, sur lequel je n'aurais finalement pas grand chose à ajouter dans la liste des qualités. Phoenix ne démérite pas son Oscar et porte le film comme Heath Ledger l'avait fait avec The Dark Knight. D'ailleurs dans The Dark Knight, quand Legder disparaissait, je me faisait soudainement grave chier. Ici c'est impossible vu que le Joker est le héros du film et qu'il est présent dans chaque scènes. Ça veut dire que le film n'est pas chiant, c'est ça ?

C'est plus compliqué que ça. Disons que le film souffre à mes yeux de sa posture victimaire constante. Pour faire simple : tous ce que vous voyez à l'écran est pourri. Les personnages tirent tous la gueule, tous le monde parle à Arthur comme si c'était le dernier des déchets, sa vie est un mensonge, sa carrière est un échec, le film ne vous livrera pas un seul moment de bonheur sincère. Et le soucis c'est que moi ça me gonfle. Ça me gonfle parce que c'est juste très lourd au bout du premier tiers du film. On a compris que la vie de Arthur c'est de la merde, que Gotham City c'est de la merde, mais le film se sent obligé de nous le rappeler à chaque instant, chaque seconde qui passe, et inévitablement on tombe dans le pathos le plus gras avec la finesse d'une gatling pour tuer une mouche.

Et cette lourdeur elle affecte aussi la fameuse portée sociale du film, qui n'a finalement rien de très pertinent ou de neuf à apporter. Le message c'est quoi ? Si la société est dans la merde c'est la faute des sales riches ? J'ai rien contre la lutte des classes, mais le message de fond j'ai vraiment l'impression de voir une réflexion d'un étudiant de la fac de lettre du coin à l'UNEF qui partage ses opinions en essayant de faire passer ça pour quelque chose d'intelligent. J'ai d'autant plus de mal à y croire que, encore une fois, le film se noie dans sa victimisation constante. "Hé regarde, Thomas Wayne c'est un connard qui méprise les pauvres !". "Hé t'as vu, le présentateur télé il veut juste se moquer des handicapés !". Alors forcément, le film va attiser notre haine. Mais pour la réflexion, on repassera.

J'aimerais avant de conclure parler un peu de la musique. Avant de le voir je lisais souvent des blagues comme quoi l'OST c'est 2 notes qui se battent en duel. Mais en fait, c'est pas une blague. L'OST de Joker n'est réellement faite que de 2 notes. Et oui, je suis au courant de ce qu'est le minimalisme en musique. Sauf que le minimalisme c'est intéressant sur des morceaux qui durent, quand le matériau se développe dans le temps, pas quand il dure pendant 2 pauvres minutes le temps d'une scène et qu'il s'arrête en attendant de passer à la suivante. Bon au moins ça aura entraîné mon oreille relative, vu que pendant 2 heures on entend (si on excepte le reste de la playlist) juste 2 notes qui s'enculent sur une tierce mineure au violoncelle.

Au final, est-ce que j'ai vraiment aimé ? Pas vraiment, pour toutes les raisons dîtes plus haut. Est-ce que j'ai détesté ? Pas vraiment non plus, grâce au dernier acte du film où on voit enfin LE Joker, où Arthur arrête enfin d'être une petite victime à deux balles et qu'il assume sa folie. Le voir n'en avoir plus rien à foutre, faire ce qu'il veut quand il veut, ça a quelque chose de libérateur, voire carrément jouissif quand il se retrouve au milieu du bordel qu'il a causé à se taper sa petite danse tout fier de lui. Mais avant ça faut se taper 1h30 de réflexion de lycéen qui a découvert Marx au cours de philo de vendredi aprem.

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