Noël au coin du feu

Avis sur Joyeux Noël

Avatar Alice Perron
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Avec Joyeux Noël, Christian Carion revient sur le premier hiver de 14-18, celui on se dit que ce sera fini au printemps et où le soldat en face est beaucoup plus proche de nous que ceux à l’arrière, civil comme commandement.

Le réalisateur a bossé sur son sujet donc, car de nombreuses anecdotes du film ont réellement existé. Il les réunit sur une seule tranchée, avec trois petits détachements de soldats, et livre un condensé d’humanité entrelacé de critiques sur l’absurdité de la guerre. Le point le plus fort selon moi c’est l’illustration du clivage profond entre les soldats du front pris dans la première guerre industrielle, et le commandant vieillissant, à l’ancienne, bien au chaud dans ses privilèges et sa vision romantique et honorable de la guerre. Au début du film j’étais ainsi dubitative sur Guillaume Canet et Daniel Brühl que je trouvais trop jeunes, mais au final leur choix s’avère très judicieux. C’est justement leur jeunesse qui les rapproche davantage de leurs hommes. Il y a également quelques traits d’humour, léger, qui sont plus là pour créer de la complicité entre ces soldats qu’avec le spectateur, mais ça marche.

Christian Carion revient rapidement sur les méthodes de propagande, qui cherchaient à déshumaniser l’ennemi, avec le sermon très guerrier de l’évêque à la fin du film.

Mais il n’ira pas jusqu’au bout de l’absurdité, préférant séparer les trois compagnies sur différents fronts plutôt que de les faire s’entretuer. C’est dommage de ne pas avoir assumé ça, car cela s’est surement produit, ajoutant encore plus à l’absurdité et l’horreur de la guerre.

Le point faible du film, c’est en revanche sa réalisation. En effet l’esthétique résolument conte de Noël, presque romantique si j’ose dire, enlève le drame du propos de fond. On est très loin des tranchées et des soldats amochés de nombreuses autres œuvres du genre. Cela renforce encore plus l’aspect théâtral et démonstratif de son film, qui va égrener les preuves d’amitié, les séquences émotions et les petits gestes de rapprochement comme une leçon. Ce style met à mal la crédibilité du propos et la sincérité évidente derrière le film. Sur ce point le film manque cruellement de subtilité.

C’est pour cela que Joyeux Noël est un joli film. Les acteurs y jouent bien et c’est ça fait chaud au cœur. Le film et se veut rassembleur de peuple, porteur d’espoir. Mais sa réalisation trop factice et le refus de se « salir les mains » l’empêche d’être un grand film.

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