“Toto, j'ai l'impression que nous ne sommes plus au Kansas.” dit Dorothy Gale dans “Le Magicien d’Oz”. Il y a une sorte d’écho et de vérité dans ses dires, ironiquement. Le film de 1939 s’est gravé dans le temps et demeure aujourd’hui un succès culturel. L’œuvre a bénéficié de toutes les bonnes intentions, malgré une réalisation charcutée à la Hollywood, comme on ne cesse de vanter le prestige. Mais ce n’est pas uniquement une question d’image, si ce n’est la vulnérabilité, qui semble être le sel préféré des films dramatiques. Nous découvrons donc une Judy Garland, comédienne dans son enfance perdue et chanteuse à ses heures de gloire. Mais la fin de carrière, c’est brusque, c’est impitoyable, à l’image de sa chute, qui l'entraîne loin de sa famille, loin de ses responsabilités, comme pour l’aventure de son personnage clé et qui lui colle à la peau.


Si Rupert Goold, n’a pas vraiment su briller sur le grand écran, il peut à présent se reposer sur la talentueuse Renée Zellweger, qui vole littéralement la vedette à ces personnages secondaires que l’on délaisse, soit par obligation, soit par manque d’inspiration. Et c’est bien dommage, car l'artiste transcende déjà sans que les mots ne nous parviennent. Son interprétation suffit à nous guider et à nous toucher, sans nous émouvoir pour autant et c’est sans doute la limite de l’œuvre de Goold. Les biopics qui ont rendu hommage à des célébrités féminines sont nombreux, d'Édith Piaf à Marilyn Monroe, et on ne surprendra pas sur certaines défaillances dues à l’addiction de drogues ou d’alcool. À présent, il faut creuser plus loin et offrir de la sensibilité aux spectateurs qui s’attend avant tout à ressentir la peine et la veine de cette Judy, qui a été malmenée toute sa carrière, jusqu’à son dernier coup de théâtre.


On reconnaît d’ailleurs une mise en scène soignée, une fois la scène éclairée. De quoi rendre hommage comme il faut au combat de Judy pour sa famille, mais sa vie n’est que sacrifie, car il y a peu de place pour sa personne. C’est le cas à travers ses conquêtes, qu’elle ne peut entretenir, car elle est saccagée et elle cherche constamment à fuir la difficulté. Sa conscience dicte une traînée d’embarras en coulisse, mais on ne les confronte presque jamais à son entourage professionnel. Il semblerait que l’on cherche à tout mise sur le non-dit et sa gestuelle qui définit la fébrilité de cette femme, qui a perdu son prestige aux yeux des industries. L’âge reprend donc ses droits, mais il sera possible de souffle un instant, le temps d’une virée nocturne qui admet bien un charme dont on aurait voulu voir le développement.


L’adaptation de la comédie musicale “The End of Rainbow” de Peter Quilter aura bien eu du mal à exister, mais souffre de longueurs que l’on aurait pu éviter afin de rendre le film plus efficace et accessible. La projection vers des prix et trophées est sans doute ce qui trahit ce cinéma qui se pénalise lui-même, par ses propres contraintes. “Judy” frappe donc en surface, sans jamais y apporter la profondeur souhaitée, car seule Zellweger subsiste et nous rappelle que nous sommes aussi malmenés qu’elle dans son parcours tragique. De même, les flash-backs ne sont pas toujours pertinents, si ce n’est pour rappeler le même débat intérieur qui lie Garland à Dorothy. Le tout résonne comme admirable, mais sans impact pour des souvenirs qui se perdent, sous un spot du plus ordinaire.

cinememories
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Écrit par

Le 10 janvier 2020

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