Scénario troué, univers mal géré, un remake raté de Dune

Avis sur Jupiter : Le Destin de l'univers

Avatar Eowyn Cwper
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Quantième Art

Jupiter Ascending était la grande promesse SF des sœurs Wachowski après Cloud Atlas trois ans auparavant. Et si ce dernier était épatant, l'autre n'en pas vraiment hérité la qualité.

Un peu à l'étroit dans deux petites heures quand Cloud Atlas en prenait trois et la série Matrix six et demi, les réalisatrices nous poussent à rentrer dans le film comme s'il avait tout un univers dont nous aurions été au courant de l'origine – d'ailleurs le script était long de six cents pages. Ce manque d'émancipation se ressent aussi dans l'inspiration très forte prise à la mini-série Dune de John Harrison ; l'indigeste nom « Abrasax » a vite été remplacé par « Atréides » dans mon esprit, en plein visionnage. Les dynasties, les guerres, le caractère des personnages, les accords majeurs de ce space opera m'ont tous rappelé l'univers de Dune. Difficile à avaler quand on essaye d'absorber une œuvre dite « originale ».

L'introduction, outre cette confiance en des antécédents inexistants, marche vaguement bien. On nous y révèle une intégration des effets visuels dans les décors réels dans un goût nouveau, qui ne tardera pas à imprégner le film du talent caméristique des Wachowski... Mais c'est insuffisant. Les personnages, les vaisseaux et les décors (tous dunesques) participent à rendre l'œuvre supportable, car leur « redesign » futuristique est un gène commun avec Cloud Atlas ; on est vraiment transporté. Jusqu'à ce que certains personnages s'avèrent tout à fait ridicules (le pilote-éléphant m'a fait sursauter de mauvaise surprise), le scénario criblé de petites contradictions (résultat de la compression du scénario peut-être ?) et les tentatives d'humour oiseuses et plaintives. « Space cops ? Sure » : « des flics de l'espace ? Bien sûr » ; cette phrase de Mila Kunis résume bien la résignation dont le spectateur doit faire preuve pour aborder l'histoire sereinement. L'actrice est bien loin de sa prestation dans Black Swan ; dans Jupiter Ascending, elle est réduite à l'état d'une top model fluette et bilingue, que seul le dernier adjectif fait différer de l'héroïne de Divergente, mais on se demande si le scénario n'a pas été adapté du fait du bilinguisme de l'interprète de toute façon...

En fait, le défaut principal du film se révèlera être l'absence totale d'ambiance. D'où la vulnérabilité aux assimilations avec d'autres univers et le manque d'accroche. Il y a de l'idée quand les limites sont rendues ambiguës entre la morale et les mœurs (qui, étant extraterrestres, sont par définition difficiles à appréhender) : « to live is to consume » : « vivre, c'est consumer ». Pourquoi pas ? On a vu de pires gimmicks. Il est également intéressant que la méchanceté soit souvent du pur égoïsme, quoique la méchanceté véritable nous y raille aussi de toute la hauteur de ses clichés. Mais le film est aussi stupidement irréaliste. On peut survivre dans le vide spatial ? On peut construire une base sur Jupiter ? C'est censé être une planète gazeuse, mais bon... On peut se téléporter et on ne nous dit même pas comment ? On peut faire oublier le passé récent aux Terriens qui viennent de voir des aliens ? Pitié, ce cliché...

Au final, Jupiter Ascending est de la SF bien grasse, trop grasse, qui nous reste sur l'estomac. Il n'a même pas le petit détonateur qui nous fait aimer le retour à la normale dans la vie de l'héroïne après ses péripéties. Il y avait autant de moyens de la faire moins bling-bling qu'il y a de kilomètres entre la Terre et Jupiter (591 millions). L'œuvre est la preuve par l'exemple qu'il est dangereux de ne pas faire mourir Sean Bean.

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