L'oiseau au plumage de raptor

Avis sur Jurassic Park III

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S'il fut longtemps question que Spielberg mette en scène un troisième opus à la franchise Jurassic Park, celui-ci céda volontiers son poste à Joe Johnston pour mieux se consacrer à des projets qui lui tenaient plus à coeur (A.I., Minority Report, comme on le comprend). Alors surtout connu pour avoir mis en scène deux succès d'estime (Chérie j'ai rétréci les gosses et Jumanji), Johnston n'a évidemment ni le talent ni l'aura de son prédécesseur. Ayant débuté comme directeur artistique sur les premiers Star Wars (on lui doit notamment les chara-designs de quelques personnages cultes tels les Stormtroopers ou Bobba Fett), Johnston s'est finalement tourné vers la réalisation à la fin des années 80 et fait aujourd'hui clairement partie de ces réalisateurs que l'on qualifierait plus de techniciens que de véritables cinéastes. Mais à la différence d'un Michael Bay, d'un Stephen Sommers ou d'un Brett Ratner, Johnston n'a jamais pris ses films à la légère et reste aujourd'hui réputé pour avoir su porter à terme plusieurs projets enlisés dans le development hell (Hidalgo, Wolfman). Jurassic Park 3 fait d'ailleurs parti de ces films dont les difficultés de production et de réalisation semblaient condamner la sortie. D'autant que les nouveaux scénaristes se confrontaient alors à un problème de taille, développer un concept ayant de toute évidence atteint ses limites.

D'où le principal défaut de ce troisième opus, son scénario, qui en plus de proposer des personnages tous plus creux les uns que les autres, ne fait au final que recycler paresseusement bons nombres d'idées abandonnées par Spielberg pour son diptyque et toutes plus ou moins tirées des deux romans originaux de Michael Crichton. Du passage de la volière à celui de l'attaque de l'embarcation en passant par cette chasse aux oeufs de raptors et cette traque ininterrompue des survivants par un grand carnassier, l'intégralité de ce Jurassic Park 3 repose sur le repompage systématique des situations élaborées par l'écrivain dans ses deux bouquins.

Rien de bien neuf donc au pays des dinosaures et l'on découvre très vite que le scénario de ce troisième opus ne sert finalement que de prétexte à dérouler une gentille course-poursuite aux allures de survival familial, alourdi par une poignée de personnages tous plus creux les uns que les autres (mis à part celui de Grant). Ceux-là, en plus d'être pris en chasse par une meute de raptors au relooking douteux, devront survivre à deux nouvelles espèces de prédateurs. Tout d'abord les fameux ptéranodons que Spielberg devait filmer lors du climax de son Monde Perdu (il leur préféra l'excursion du T-Rex à San Diego) et qu'il se contenta d'annoncer dans son plan final. Et puis surtout le tout nouveau Spinosaure, censé faire de l'ombre au mythique T-Rex qu'il décanille d'ailleurs d'un coup de mâchoire pour prouver au public horrifié (sacrilège !) qu'il représente un bien plus grand péril. Ce qui semblait alors probablement une bonne idée aux yeux des scénaristes et du réalisateur (c'est Johnston qui a eu l'idée de mettre en valeur ce tout nouveau monstre) n'aura finalement que précipité le désintérêt du public pour la franchise, le Spinosaure désacralisant par sa victoire l'une des plus grandes icônes du cinéma fantastique des années 90 en plus du plus célèbre des grands sauriens.

Dès lors, impossible au fan de la première heure de passer outre cette injure aux deux premiers films et ce malgré le sympathique ride paléontologique auquel il assiste. Car au final, si ce troisième film pâtit de bon nombre de fautes de goûts (la mort du T-Rex donc, son urine en bouteille, le rêve de Grant dans l'avion, le plumage des raptors, le couple de divorcés qui se rabibochent, Michael Jeter en mercenaire... nyark) et d'un manque évident d'ambition, il n'en demeure pas moins un sympathique nanar, peu avare en morceaux de bravoure (la dernière attaque du Spinosaure est plutôt bien emballée) et propre à combler une soirée fringale TV-pizzas-chips. Evidemment, on est désormais à des années lumière de l'émerveillement procuré par le premier film (voir comment la mise en scène ne magnifie jamais les créatures du film) et Johnston n'a d'ailleurs jamais la prétention de rivaliser avec son modèle (la première apparition du raptor dans le rêve de Grant sonne d'ailleurs comme un aveu de sa part). Il se contente de sauver in extremis son film d'un naufrage financier certain à défaut de sauver la franchise.

Il nous aura d'ailleurs fallu attendre jusqu'au début du mois de juin dernier pour voir le retour de celle-ci via un Jurassic World extrêmement surestimé et jouant à fond la carte du fan service le plus outrancier. Preuve en est, le T-Rex du premier film y pulvérise le squelette d'un Spinosaure pour mieux venger l'affront fait aux fans quatorze ans plus tôt. Un élément comme un autre censé faire passer Jurassic World pour un bon divertissement... et Jurassic Park 3 pour un mauvais.

Pour lire ma critique de Jurassic Park :
http://www.senscritique.com/film/Jurassic_Park/critique/34317240

Pour celle du Monde Perdu :
http://www.senscritique.com/film/Le_Monde_perdu_Jurassic_Park/critique/34317283

Pour celle de Jurassic World :
http://www.senscritique.com/film/Jurassic_World/critique/46385641

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