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Avis sur Jusqu'au bout du rêve

Avatar Khamsou
Critique publiée par le

Voilà déjà de longues minutes que j'essaie de vous introduire cette critique, mais je ne parviens pas à trouver mes mots. Il faut que vous me compreniez aussi. Field of Dreams est absolument invraisemblable, et je manque de qualificatifs pour en parler. Tenez. On y suit un couple d'agriculteurs installés dans l'Iowa où ils cultivent le maïs. Criblés par les dettes, ils s'en sortent tout juste en revendant leur récolte.

Sauf que voilà. Ray Kinsella, campé par un Kevin Costner sous Vicodin, ne sait même pas ce qu'est une moisson. Pire encore. Telle Jeanne d'Arc, il va un jour entendre une voix alors qu'il se balade sans but dans son champ lui répétant de construire quelque chose afin de provoquer la venue de quelqu'un. D'une manière tout à fait rocambolesque qui souligne une facilité de scénario déconcertante, le héros, qui fait probablement une remontée de LSD, va comprendre qu'il doit raser la moitié de son champ de maïs (!), prêt à la récolte (!!!), pour construire un terrain de base-ball et faire venir l'idole morte de son père, un joueur de base-ball banni du terrain suite à une fraude de ses co-équipiers (!!!!!??!?).

Loin de le retenir, sa femme va aller jusqu'à l'encourager dans sa démarche, alors même qu'ils sont sur le point d'être expulsés. Et finalement, une nuit, des mois plus tard, le joueur va effectivement venir jouer sur le terrain, puis revenir avec ses amis jouer au base-ball jour après jour. Mais les voix ne s'arrêteront pas là puisque Ray Kinsella va partir dans un road-trip aller soulager la peine d'un écrivain à la manque, laissant sa famille seule avec les dettes.

Pas besoin d'en dévoiler plus. Le scénario est un véritable gruyère qui brise la suspension consentie d'incrédulité du spectateur en un claquement de doigt. La seule raison qu'apporte le héros à tous ses actes, est qu'il a peur de s'enliser, comme son père à une époque, amateur fou de base-ball.

Cependant, il m'est difficile d'être aussi méchant avec ce film. Déjà, il s'ancre dans une culture qui m'est totalement étrangère, et que j'ai du mal à cerner : celle du base-ball. Véritable phénomène aux États-Unis et stéréotype du ciment qui unit pères et fils. D'ailleurs, Kevin Costner a accepté de jouer dans ce film car il considérait qu'il s'agissait de l'équivalent du chef d'oeuvre de Capra, La Vie est Belle, de la génération des années 90. Et ce n'est pas la public américain qui démentira ses dires : le film fait rentrer plus 80 millions de dollars au box-office, contre un budget de 15 millions...

Et puis, pour en revenir à un constat personnel, je me suis plutôt amusé pendant le film. La mise en scène donne au film un ton rêveur, notamment lors des scènes de nuit à Chisholm dans le Minnesota avec ses lumières bleutées, renforcé par un montage tout mou à l'image des acteurs. Kevin Costner semble toujours être à moitié dans la transe, à mi-chemin entre la révélation spirituelle et l'incompréhension la plus profonde, Amy Madigan, qui joue sa femme, semble avoir encore 8 ans, et James Earl Jones, qui apparaît plus tard et qui a toute ma sympathie, est totalement à l'aise dans son rôle d'écrivain patibulaire. N'oublions pas de souligner également la surprenante présence de Ray Liotta dans le rôle du joueur décédé, esprit prophète décomplexé, et qui lui aussi semble avoir dévalisé la pharmacie en Vicodin.

Field of Dreams parvient grâce à un surprenant équilibre entre bêtise pure et rêverie euphorique à se laisser regarder sur toute la longueur. Malheureusement, la faute à des acteurs vaporeux, un montage mou et beaucoup de maladresses, il ne parvient pas à nous communiquer tout l'amour qu'il porte en lui et manque du coup d'être un feelgood movie. Paradoxalement, ce sont finalement ses invraisemblances scénaristiques, ses dialogues un peu bêtes et son casting névrosé qui le sauvent, mais sans jamais être non plus assez parodique pour vraiment être drôle. Un étrange compromis donc, qui se regarde avec un demi-sourire, et les sourcils froncés.

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