Je suis venu vous dire que je m'en vais

Avis sur Juste la fin du monde

Avatar Philippe Lebraud
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Une distribution "haut de gamme" ne garantit pas forcément la réussite du film dans lequel on trouve une brochette d'acteurs dont le talent individuel n'est plus à prouver (bien que, pour certains, ça se discute, mais je ne donnerai pas de nom). Les exemples sont légion dans le cinéma, aussi bien français que américain (pour ne citer que les plus exploités en salles), d'un gâchis sans nom.

Xavier Dolan a t'il évité cet écueil avec sa dernière réalisation, c'est la question à se poser tellement les critiques sont contrastées depuis sa sortie (celle du film, pas celle de Dolan, vous suivez un peu ?).

Pour certains, c'est une daube, pour d'autres, le film de l'année.

Samedi après-midi, je me suis installé et j'ai fait mon propre jugement.

Les premières minutes nous informent tout de suite du but du voyage de Louis, qui va retrouver sa famille pour leur apprendre sa mort prochaine. Cette annonce, si lourde et difficile à faire, va planer tout au long du film, où l'on se demande à chaque scène s'il va "lâcher" le morceau ou pas, et à qui en premier.

Mais Louis arrive dans une famille en pleine ébullition, en pleine effervescence, où les aggressions verbales se succèdent, entre la mère (Nathalie Baye, impériale) et la fille (Léa Seydoux, impeccable), entre la fille et son frère aîné (Vincent Cassel, explosif de violence), entre ce frère et sa femme (Marion Cotillard, au jeu bien plus juste que d'habitude).

Dans cette famille, l'ambiance est en permanence à la guerre civile et Louis y assiste en prenant part le moins possible aux différents conflits (souvents anodins, parfois plus profonds): il est là pour dire qu'il va mourir et son drame personnel est couvert par cette multitude de tensions internes.

Tour à tour, il dialoguera, avec plus ou moins de réussite, avec chaque membre de cette famille, avec sa mère qui fume en cachette de son fils ainé (mais ce dernier n'est pas dupe) et qui tente de faire l'arbitre entre ses enfants, avec sa soeur qui souffre de la violence de son frère ainé qui l'humilie et la rabaisse constamment, avec sa belle soeur qui supporte tant bien que mal ce mari explosif, et enfin, avec ce frère ainé, justement, qui cache sa propre douleur derrière une aggressivité de chaque instant.

Car oui, Louis est parti, 12 ans plus tôt et son départ a sans doute contribué à rendre cette famille "nucléaire", en permanence au bord de l'implosion..Si seulement ils savaient pour quelle raison il est de retour.

Dolan filme de près, de très près, des gros plans où l'on capte l'émotion, les paroles fortes et les silences tout aussi forts (parfois plus forts encore), ces regards qui s'échangent, se prolongent (Marion Cotillard qui semble comprendre le but du voyage de Louis, toute la tristesse se perd dans ses yeux..)...

Dolan est un capteur d'émotions qui nous permet d'entrer dans ce cercle familial et de se mettre à la place de chaque personnage tour à tour et à réagir avec lui.

C'est du grand art, tiré d'une pièce de Lagarce (Jean-Luc) disparu il y a une vingtaine d'années, une pièce dont on retrouve la construction dans les scènes "à deux", dans ces échanges d'une grande force.

La famille est un terrain miné et chaque pas peut vous blesser gravement, voire vous faire mourir..

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