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Juste la fin du monde par Louise_Habbi

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Critique publiée par le

Sujet bac français 2017 (France)

3- Invention :
À la manière des auteurs de ces romans, vous imaginerez le récit que pourrait faire un spectateur / une spectatrice d’une séance de cinéma qui l’aurait particulièrement marqué(e).
Votre texte, d’une cinquantaine de lignes,comportera les références au film, la description des émotions ressenties et des réflexions diverses suscitées par la représentation

Salle de cinéma, Cannes 2016, Juste la fin du monde

Et soudain, c'était moi. Ce n'était plus lui c'était moi . Ce sont peut-être les mélodies qui ont créé cette euphorie là, peut-être la lumière de l'aube à travers la cuisine, peut-être encore la mère et Suzanne qui ont dansé. Soudain j'étais accoudée à sa place sur la paillasse de la cuisine. Je les ai regardées, ma sœur et ma mère alors, et Catherine, vous faites des cours d'aérobie ?, et le regard de mon frère qui faisait croire que ça ne l'intéressait pas, que ça l'énervait ces petites scènes de famille heureuse, youpi tralala. Mais j'ai vu son sourire alors le clin d’œil. Pas vu depuis douze ans mon frère, je t'ai fait un clin d’œil et tu as ri ! C'était peut-être le plus grand des moments. Et l'euphorie alors ! La musique qui se fait de plus en plus envahissante ... je suis revenue sur mon siège. Rouge et soyeux, parce que c'est Cannes alors ce sont les meilleurs fauteuils. Ils étaient devenus tout sombres dans la salle d'obscurité. Dans la salle géante, géante de Cannes, avec même des étages, et d'autres gens que moi, beaucoup ! Et on était comme une grande vague, avec les émotions plus ou moins semblables à des instants plus ou moins identiques. Comme une vague en mouvement, qui monte, qui halète, qui retient sa respiration trois instants et qui s’affaisse soudain dans le reste de l'océan. Tous ensemble dans la même bulle, une sorte d'osmose grandiose, tous suspendus aux lèvres du frère, qui à présent criait presque parmi la musique qui montait, encore, encore, tous à se demander s'il allait ralentir car la colère « on dit toujours ça de moi : « Antoine on ne sait pas comment le prendre. » … comme on dirait de quelqu'un de méchant, d'un animal qu'on voudrait attraper, alors toi, Louis, tu pars pendant douze ans, et puis tu reviens, et tu me racontes les effluves de parfum de gazole et le crépitement des roues de l'avion qui décolle sur l'asphalte, quand tu étais à l'aéroport ce matin, et tu crois que tu vas me « prendre » comme ça ? J'ai pas envie d'écouter. Les gens pensent que comme je ne parle pas alors je peux écouter. Mais non. Moi quand je ferme ma gueule c'est pour donner l'exemple », la colère fait accélérer Antoine dans la voiture, dans les virages, et tous à admirer encore, cette colère là, sur la route, seule, qui traverse une forêt, et qui est tellement triste ! Et qui dit si fort d'amour pourtant. Cet amour qu'ils voudraient tous se jeter, la sœur, le frère, la mère, et la belle-sœur encore, et même Louis, qui va mourir, qui est venu leur annoncer après douze années trop longues, trop longues, qui ont fait comme un drap géant tendu entre deux mains, qui se creuse au milieu par la force de gravité, le creux rempli de vide, cet amour là qu'ils ont tous, c'est sûr, les uns pour les autres, plus grand, plus fort que bien des amours faux qu'on a pu découvrir, mais qu'ils sont incapables de formuler. Alors l'amour est là, sous la colère d'Antoine, la peinture de visage et les cheveux bleus de la mère, sous les airs de Suzanne qui voudrait impressionner son grand frère, sous les hésitations de Catherine, la belle-sœur, qu'il rencontre tout juste, et sous le silence, toujours, de Louis. Mais seule la bulle de spectateurs le distingue, cet amour là. Et notre bouche s'ouvre, le corps émet un mouvement, notre océan s'agite : on voudrait leur crier qu'ils s'aiment, tellement alors !
Peut-être aussi, peut-être, peut-être on pense à notre frère. A notre sœur, mère, à la famille qui nous protège, toujours, même aujourd'hui alors qu'on est à la fin d'une vie, même aujourd'hui qu'on en a créé une nouvelle de famille, même aujourd'hui que « je suis majeur dans un an bordel, c'est quand qu'elle me fout la paix !? », peut-être qu'on y pense à ce grand matelas adorable qui nous recueillera, promis, si l'on trébuche, et peut-être on devine alors, qu'on ne l'a pas assez dit bien sûr. On est le même alors. Que Louis. Et que tous les autres. Et c'est probablement pour cette raison là aussi , probablement, que les yeux ne sont pas tout à fait secs lorsque Louis sort de la maison, à la fin de la journée. Et sans avoir dit qu'il mourrait, et sans avoir dit qu'il aimait. Alors bien sûr, c'est juste la fin du monde.

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