Kalifornia, jachère fédérale.

Avis sur Kalifornia

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Kalifornia (1993)
Quand il rêve, Brian Kessler efface toutes les règles régissant le monde. Chacun peut voler. L'impossible explose. Quand il revient à lui, la finitude des choses se redéfinit progressivement. Le rêve est encore prégnant.
La sensation de pouvoir voler est encore proche.
Carrie Laughlin se gratte le pied et mange, il le vit comme un préjudice, il ignore comment Grace est devenu un tueur précoce. Rien dans ses yeux ne laissait transparaître cette faculté. Cette capacité de prendre une autre vie humaine. C'est un remords difficile à digérer.
Kessler était parti en voyage scolaire au sommet de l'Empire State Building. La vision des foules fourmis lui a donné envie de jeter une pièce sur la tête d'un badaud. Grace savait qu'il y avait des lignes à franchir.
Kessler a voulu être écrivain, il a juste rédigé un article de magazine, traitant des tueurs sur quatre pages. Une avance obtenue pour faire plus, mais il y avait le loyer et son cabriolet, tout s'est dilapidé. Il devait concrétiser ce livre mais on ne connaît pas un sujet via bibliothèque universitaire. Les gens ne s'entretuent pas souvent dans les bibliothèques.
La Californie, c'était un lieu d'espoir, de fantasmes de renouvellement, un endroit qui prétendait à donner sa chance à n'importe qui, n'importe où.
Combien de personnes avait-il tuées, Grace ? Aucune prétendait-il.
Comment écrire un livre sur quelque chose dont on ne sait rien ?
Un truc pas trop explicite. Mais qui conviendrait pour la consommation de masse. Le froid rendrait les gens idiots. Les gens penseraient plus vite quand il fait chaud. Un tas de conneries échangées. Aucune limitation de vitesse, le loyer de votre premier mois est gratuit, c'est la loi de l'Etat.
Acheter un packs de six de Lucky Lager puis monter vers ce foutu panneau Hollywood, pour hurler à la lune. Il n'y a rien à trouver sur la lune ROUGE, hormis quelques balles de golf abandonnées par les astronautes.
Vivre dans l'instantané. Faire ce que l'on veut quand on le veut.
Cette perspective fascinait et effrayait doublement.
Ce tueur faisait la synthèse entre air de primitif et attitude d'inoffensif.
Il avait pourtant éliminé son propriétaire une heure avant leur entrevue.
Il portait l'anneau de sa victime. Le doigt qui le portait ne comptait plus.
Early ne prenait jamais de petit déjeuner, la nécessité de cette pratique alimentaire étant liée selon lui à un complot des entreprises céréalières.
Adele Corners aimait les cheveux court et acceptait de se faire battre si elle le méritait. Lorsque l'on croise un étranger, l'on remarque d'abord les différences entre lui et soi, puis les similitudes. Les affinités passent toujours par ce tamis d'auscultation méfiante.
Le Karma devrait rembourser par quelque chose de mauvais les fautes de chacun. Comment éviter la chaise électrique ? En arguant d'une psychose primitive. Ca ne ramène pas les têtes de mère de famille retrouvées dans des congélateurs. Ni quelque exécution d'assassin la présence de leurs bras bienveillants.
Adele avait l'habitude de fumer avant toute rencontre puis cessé.
Elle se dit qu'une femme ne doit ni fumer, ni boire ni jurer.
Certaines personnes peuvent cesser de tuer et disparaître dans la société.
C'est ce qui ouvre la possibilité d'accomplir un parcours de tueur en série.
Après, il peut réduire quiconque en deux pièces. Quiconque fait cela peut le refaire à l'infini tant qu'il n'est pas intercepté. Et vivre vieux, vivre dans un parc à roulottes ou ailleurs. Et songer à son exceptionnelle intelligence lui ayant permis de s'en tirer pour l'éternité. Adele accepte d'être punie de temps en temps, mais ça ne signifie rien. Quand elle avait 13 ans, trois garçons l'ont violée à l'arrière d'un camion. Elle s'est retrouvée à l'hôpital quatre mois. Maintenant elle se sent en sécurité la plupart du temps, il la traite bien. Comme un éleveur son chien. Il y a tant d'estropiés de sa misère.
"Faites-le! Tuez-le! Tirez sur le chien ! Le temps de vivre, mon garçon. Tuez-le. Allez. Allez! Allez, garçon." Regarder un visage, découvrir que ce n'est pas son père. Découvrir qu'il existe des meurtres par compassion.
Une méchanceté précoce. Un agent de libération conditionnelle déterminera si tel ou tel peut sortir de l'état. Bouteille de bière, tomber à la renverse, dîner avec le shérif, éclater en quinte de toux, tout un gâchis de possibles au loin, là-bas. Puissant, Supérieur ? Aliments chinois abandonnés, un couple dans le Kentucky. Portières refermées. Alors, fermer les yeux, compter un, compter deux, trois, quatre à cinq, ouvrir les yeux, plus personne, plus de menace. Vous allez avoir à ...

La mère d'Adele cultivait un jardin de cactus, et elle a eu ce bébé cactus, quelle comptait planter, avant tous ces problèmes...
Plus beaucoup de place à l'imagination, apprendre à contrôler le vide de façon honorable. Nouvelles défilant sur un téléviseur granuleux. Fouille qui débuche sur un fusil de chasse à canon scié, besoin de se laver les mains.
Pas de lavabo à proximité. Station d'essence : prendre pour 28,35 dollars, sortir de l'aire de stationnement. Adele s'imagine dans un livre, dans une fenêtre de librairie. On pourrait l'acheter et le mettre à droite sur une table de café. Mais ce n'est pas son actualité, non. Son présent c'est de voir les hommes se faire canarder les uns par les autres. Sans raisons valables. Traverser des incendies recouverts de plumes volant partout dans l'hystérie d'une station d'essence. Juste le tonnerre.
Dieu. Il lui ont tiré dessus. Il leur a tiré dans la tête.
Mais qui a tiré dans la tête qui au final.

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