T'as vu comment ma réalisation est badass ?

Avis sur Kick-Ass

Avatar Nicolas_Zaural
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Je n'écris pas souvent sur des films que je viens de voir. But when I do, c'est généralement que j'en sors un peu irrité. Oui, je suis sorti bien irrité de Kick-Ass.

Commençons par un point positif de ce film: son parti-pris. La figure du super héros dans l'univers Kick-Ass est reconnue comme étant issu d'un univers extérieur - imaginaire -, ce qui nous change des habituels films de genre où précisément tout ce qui se rapporte audit genre est inconnu, de manière souvent trop forcée (typiquement les mondes infestés de zombies dans lesquels les survivants n'ont jamais entendu parler des zombies…).

La démarche de Kick Ass lui donne donc une petite profondeur méta assez sympathique, et permet au passage de mettre en lumière certains aspects black-mirroriens de la société contemporaine:

  • l'indifférence, voire le voyeurisme des citoyens vis-à-vis de la violence
  • l'hystérie des réseaux sociaux (Myspace !), l'emballement médiatique pour le spectaculaire.
  • Et pire, la jouissance à peine dissimulée des médias pour le morbide: la réaction hypocrite des présentateurs TV qui laissent à l'écran en direct une scène de torture, et s'excusent en prétendant ne pas savoir s'il s'agissait d'une farce en est bien révélatrice.

Dommage à ce propos que le message du film vis-à-vis de la violence soit si confus, si incompréhensiblement inégal tout au long du film !
On ressort de Kick-Ass avec le curieux sentiment d'avoir assisté à une glorification de la violence, tout en ayant passé en revue tous les clichés des gentils contre les méchants…
Le traitement est vraiment bancal: on utilise une musique guillerette sur des scènes de violence brute, perpétrée de surcroît par une enfant de 10 ans (!). On pense naturellement à quelque chose de proche de Tarantino, mais lui maîtrise mieux le positionnement moral - ou plutôt l'absence de positionnement moral - délicat à trouver sur de tels sujets.

Ici, les armes à feu, la violence, le meurtre, sont banalisés, au point de devenir insignifiants pour des adolescents qui au début du film avaient peur de leur propre sang ! Et sans qu'on n'observe une évolution convaincante des personnages.Le tout bien sûr sous couvert de poses bien cool, bien badass… mais sans trop, trop de sang qui gicle, ça ferait tâche pour le public prépubère !

Ceux qui ont lu les comics pourront dire si ce dosage sinon maladroit du moins particulier vient de l'univers des comics ou du film lui-même…

Pour continuer dans l'agaçant, Kick-Ass se joue des clichés, mais sans prendre suffisamment de recul par rapport à eux pour les désamorcer.
On a donc le droit à tout ça:

  • Cliché de l'anti-héros;
  • Cliché de l'adolescent qui a peur des filles
  • Clichés de la high school américaine
  • Cliché du méchant dans sa tour en verre
  • Cliché des "geeks" qui s'achètent des bouquins au comics store, etc.

Trop de clichés donc, mais aussi trop de "trop" tout court: trop de punchlines téléguidées, trois fois soulignées au feutre rouge et en crescendo par un orchestre de cuivre; trop de gadgets ajoutés en mode checklist: le bazooka, le jet pack, l'armurerie de manière générale, la mustang tunée; trop de scènes esthétisantes, dont la volonté est bien sûr de montrer à quel point la réalisation est léchée et le film rock n roll et épique comme il faut; de manière générale, trop de parti-pris de réalisation qui donnent l'impression de devoir écouter une grande gueule qui cherche absolument à impressionner tout le monde en monopolisant la parole, comme Benoit Poolvoerde habité par un mauvais génie…

Bien sûr on pourra pardonner ces excès en se disant que Kick-Ass "n'est qu'un divertissement". Mais plus l'on choisit d'aller vers l'outrance, l'exubérance, etc. plus le dosage devra être subtil, plus l'on devra faire attention à rendre le tout digeste. Kick Ass y parvient parfois, mais ses scènes grandiloquentes un peu m'as-tu vu donnent trop souvent l'agaçante impression de se regarder être belles, comme ces jeunes filles dans les vitres des voitures et dans les regards des mecs en rut qui les reluquent. Kingsman (le 1er en tout cas, pas vu le 2e) parviendra bien mieux à donner une impression de maîtrise, de ton ajusté, d'humour dosé, et à donner au feu d'artifice de la réalisation de Vaughn cet aspect plus digeste… Sans doute le côté British.

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