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Quand Johnson tue Lincoln...

Avis sur Killing Lincoln

Avatar Hillja
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Après les superhéros, les vampires et les zombies, c'est au tour du personnage de Lincoln d'innonder les écrans. Si le plus connu des présidents américains est apparu en grand et juste homme dans le Lincoln de Spielberg, ou en pourfendeur de vilaines créatures dans Vampire Hunter de T. Bekmambetov, il est tristement (quoique...) relégué au second plan dans le téléfilm Killing Lincoln.

Car Killing Lincoln est bien un téléfilm, il ne sortira donc pas sur les grands écrans en France et il faudra certainement attendre longtemps avant d'avoir la chance de le visionner en version française. De toute façon, rien ne vaut les versions originales. Avec celle-ci, nous avons l'honneur d'avoir la voix de Tom Hanks comme narratrice des évènements de 1865. À la façon d'un décompte des derniers jours à vivre d'Abraham Lincoln, dans lequel sont insérées des séquences de tête-à-tête intime avec T. Hanks, le téléfilm revient sur la préparation méticuleuse du meurtre du président. C'est un mélange de fiction et de documentaire qui, au début, m'a laissée perplexe.

Mais mieux que le Père Castor, Tom Hanks raconte l'histoire de manière claire et sobre, sans jamais vraiment se laisser submerger par la subjectivité. Preuve en est que le véritable héros de ce docufiction est le personnage de John Wilkes Booth, assassin de Lincoln, savamment et brillamment interprété par Jesse Johnson, dont la ressemblance physique avec l'acteur de théâtre est notable (c'est là que vous comprenez le titre de ma critique normalement). Présenté comme un homme passionné, aimé de ses proches et admiré, Booth est un comédien dans la vie et est sur le point de devenir un acteur dans l'Histoire. Éloquent et paradoxalement silencieux, fou, superbe, moustachu, guilleret... le téléfilm redore le blason de cet homme considéré aujourd'hui comme un simple criminel. Est-ce juste ? Est-ce malin ?

Il est la première figure à apparaître à l'écran, prêt à griller les poils de son visage pour allumer un cigare avec un flambeau. Il fait nuit et l'homme sourit, fredonne même, alors qu'il pénètre dans le Théâtre Ford. On le salue familièrement, il garde le silence. Il rejoint sa loge, réservée à l'avance, et présente son ticket. Puis il sort son pistolet, se faufile dans la loge attenante et tire. Lincoln agonise et le docufiction rembobine.

Nous retrouvons alors Booth quelques jours auparavant, élaborant avec soin un triple meurtre, tandis que la voix de Tom Hanks s'élève pour nous enseigner tout ce que nous ignorons sur ces mois de mars et d'avril 1865. Là encore, Booth joue — littéralement — avec le feu et l'histoire s'enclenche.

Mes mots ici donnent certainement l'impression que Booth est au centre du film ; en vérité, il apparaît moins souvent que Lincoln. Ce sont pourtant les scènes où il est présent qui sont les plus plaisantes. Elles offrent au docufiction une certaine majesté et un brin de folie exaltant. J'ai eu la chair de poule quand Booth se fait raser chez le barbier et qu'il invite le coiffeur à assister à la représentation d'Aladin au Grover parce qu'il y aura « des comédiens de talent », sous-entendu lui-même. Et la caméra qui suit le glissement du rasoir sur la gorge de l'acteur... brr !

À l'opposé de cette presque démence, Lincoln, quant à lui, se concentre sur ses projets pour la paix bien que hanté par un rêve persistant, drôlement inquiétant. Il voyage à travers le pays, enchaîne les discours, serre les mains d'hommes noirs... sans jamais être conscient de la présence de Booth, presque stalker quand il assiste aux meetings, innocemment mêlé à la foule.

Trente minutes à peine se sont écoulées et déjà Lincoln n'a plus que vingt-quatre heures à vivre. Autant dire que la pression monte. Booth se prépare, Lincoln se sait en danger mais refuse de céder à la peur. C'est chez le comédien, sur scène, que l'acte final de l'existence du président américain se conclura.

Fidèle et honnête avec les faits, Killing Lincoln est en fait un cours d'Histoire romancé ; il ne faut donc pas s'attendre à autre chose qu'un documentaire. Est d'ailleurs nommé le nom de la famille Surratt, dont les membres Mary (la mère) et John (le fils) ont fait eux aussi l'objet d'un film en 2011 : The Conspirator (de Robert Redford).

À noter que quatre jours avant la sortie de ce téléfilm, l'avant-première du film Saving Lincoln avait lieu. Pas sûr que je le regarde celui-là : l'overdose de Lincoln me guette.

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