Le Prince est le Pauvre

Avis sur Kim

Avatar blig
Critique publiée par le

Dans l'Inde du XIXé siècle, Kimball O'Hara, aussi appelé Kim, orphelin depuis la mort de son soldat irlandais de père et de sa mère, vagabonde dans les rues de Lahore. Un grand destin l'appelle, il le sait, comme l'a prophétisé son père : un jour, « un grand taureau rouge sur un champ vert, avec le colonel sur son grand cheval et neuf cents diables" viendront à sa rencontre. Entre temps, oscillant entre sa condition de sahib et celui de local au grès des ennuis qu'il se cherche, sahib un coup pour échapper à la police et local un autre pour éviter l'école, Kim chaparde, marchande et mène sa vie comme un jeu dont il serait le cavalier et l'Inde l'échiquier. Mais derrière l'innocence apparente et le charmant folklore de ce pays qu'il aime tant, ce joue un autre jeu, un jeu d'une toute autre dimension et autrement plus sérieux, mettant aux prises l'Angleterre de la reine Victoria et l'Empire Russe d'Alexandre II pour le contrôle de l'Afghanistan et ainsi, l'influence de l'extrême orient. Un conflit politique latent est donc à l’œuvre (le Grand Jeu ou Great Game), et Kim, bientôt embarqué par le redoutable espion indien à la solde des britanniques, Mahbub 'Ali dit Barbe Rouge, va y jouer un rôle crucial..

Quatorze ans après The Charge of the Light Brigade, Errol retrouve l'Inde si chère à Kipling (dont le film est une adaptation de son chef d’œuvre éponyme) et ses enjeux géopolitico-militaires. Toutefois contrairement à la dernière fois, il n'y est de passage que pour une quinzaine de jour seulement. Le temps de faire quelques prises et de s'envoyer la liqueur locale dans les veines et de vider les quelques bouteilles de whisky emportées pour l'occasion. Son maquilleur, entre les mains duquel il passait deux heures tous les matins pour se transformer en guerrier pashtun, se souvient : "Flynn était toujours suivi par un esclave chargé de lui verser du whisky dès que son verre était vide. Il portait deux bouteilles dans la salle de maquillage et dans la loge, dès 6h45 du matin. Avant de quitter son fauteuil, Errol en avait déjà vidé une sans que cela parût l'affecter le moins du monde".

Si le Kim de Saville est la première, et à ce jour seule, adaptation du roman éponyme de Kipling, beaucoup de projets avant lui avaient été envisager (dont un avec Freddie Bartholomew et Robert Taylor et un autre avec Mickey Rooney, Conrad Veidt et Basil Rathbone) mais n'aboutirent guère par crainte d’offenser le peuple indien en pleine désobéissance civile (l'Inde n'est indépendante que depuis 1947). C'est le jeune, et déjà prolifique, Dean Stockwell, qui hérita finalement du rôle en 1950. On avait entre autre pu le voir dans Stars in my crown de Tourneur fils la même année et le Mur invisible de Kazan trois ans plus tôt. Bien qu'il soit le héros du film et qu'il soit de pratiquement toute les scènes, il ne foula jamais le sol indien mais tourna toute ses scènes en Californie, à Alabama Hills, par soucis d'économie et sa forte ressemblance avec la passe de Khyber. En fait, outre l'équipe technique, seuls Paul Lukas, qui joue le lama, et Flynn furent du voyage. Ce dernier, comme dans The Prince and the Pauper, n'intervient que peu à l'écran et sert essentiellement de faire-valoir et de caution pour le studio.

L'adaptation est assez fidèle mais n'atteint jamais l'ampleur du roman de Kipling et, surtout, le panache des films d'aventures de la Warner des années 30 et 40 estampillés Errol Flynn. Encore une fois, Victor Saville ne me convainc pas. Même s'il se montre plutot habile, j'aurai préféré voir un Michael Curtiz ou Richard Thorpe aux manettes.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 392 fois
2 apprécient

Autres actions de blig Kim