Gorille dans la merde.

Avis sur King Kong

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King Kong, jusqu’à cette soirée de revisionnage, ce n’était que quelques bribes dont je ne sais plus vraiment si elles découlaient de ma mémoire ou de l’inconscient collectif, sorte de propriété monochrome du patrimoine visuel de l’humanité. Ce qui est sûr c’est qu’au delà d’images plus ou moins précises, ce que le film, son histoire et son absence de morale —en apparence— avaient gravé en moi fut quelque chose de profond, un sentiment qu’on ne sait trop décrire ou nommer quand on ne foule le sol terrien que depuis moins de six ans ; mais un sentiment qui restera comme une marque, un sillon qui aiguillera plus tard les cheminements d’une personnalité et de ses modes de pensée.

J’ai compris mon léger penchant pour la misanthropie, un certain cynisme et une foi complétement ébranlable en l’humanité en repensant à cette histoire profondément injuste, absolument pathétique et résolument pertinente. Je me demande d’ailleurs qu’elles étaient les motivations de Cooper et Shoedsack : le spectacle, le sensationnel, ou bien une certaine dénonciation des penchants avides et destructeurs de l’homme ?

En tout cas, King Kong et sa destinée injuste seront toujours source de sentiment révoltant, en ce qui me concerne. Après, on peut extrapoler des heures…

Bref, le film.

Honnêtement, la première partie est juste chiante comme la pluie. En gros tout un tas de coqs caquettent pendant des plombes quant à savoir qui qui (le singe) va chercher une poule pour se faire les œufs en or avec un spectacle de gros porc de capitaliste de merde post crise de 1929. Denham est un salaud, cliché en devenir du producteur/réalisateur cupide, manipulateur dénué de scrupule. Driscoll est un gros dur épais comme un stylo bille dont les mœurs vestimentaires semblent s’apparenter chaque matin à une tentative de suicide par pendaison à l’aide de son pantalon. Fay Wray illumine la pellicule peu de temps après, et Denham se dit en l’embarquant que de toute façon c’est du pétrole, Ann.

(rires en boite)

Tout le monde se barre, et que ce soit à bâbord ou à tribord, la croisière s’amuse et m’ennuie. Oui, m’ennuie. Hormis une légère sympathie pour la moustache du capitaine Englhorn —polyglotte de son état, je ne peux m’empêcher d’esquisser une grimace face à la crédibilité discutable de la romance en devenir entre ce cabot de Driscoll ( ! ) et Ann, qui ne voit rien venir. Je ne peux m’empêcher non plus de désirer plus que tout de pendre Denham par les fouilles, lui et son autorité bizarrement indiscutée. C’est qu’en plus tout ce beau monde traite la délicieuse Fay Wray comme un objet depuis le début ; pauvre femme faible assujettie à l’approbation de l’homme fort pour avoir le droit de se sentir sûre de sa sécurité physique ou existentielle. Pouah.

Puis le miracle arrive et lève le voile brumeux de l’ennui, et les ficelles vont se perdre en mer alors que la magie opère (cette phrase ferait bander Lacan).

Skull Island. Skull fucking Island.

Si on passe le traitement de la tribu locale à la limite de l’anthropomorphisme (c’est terriblement ironique ce que je viens d’écrire), le reste c’est du rêve en barre. Du trip. Du spectacle. Du genre qui enchante et impressionne.

Skull Island. Skull fucking matte paintings Island !

Oui là je plonge, directement happé par la direction artistique. Oui j’ai senti les parfums de l’aventure hameçonner mes narines pour me mener par le bout du nez dans cette jungle merveilleuse dont chaque plan s’apparente à un tableau luxuriant, grouillant, humide, vivant. Kong est venu, apportant avec lui un peu de cette vie distillée par la magie du cinéma ; cinéma qui de fait reprend ses droits en tant que medium d’émerveillement et de spectacle. Je ne pourrai jamais imaginer l’impact émotionnel ressenti par le public d’alors face aux prouesses techniques et visuelles que recèle l’île au Crâne ; juste l’appréhender, et ça me rend un peu triste.

Stop motion et début d’émotion. Kong se meut avec une personnalité indéniable, allant jusqu’à mourir avec une expressivité que beaucoup d’acteurs lui envieraient (Marion, si tu nous regardes…). Alors j’ai envie de dire merci. Merci les doigts de fées de O’Brien, merci à vous les gars qui lisez et qui ont pondu des critiques ces jours ci m’ayant donné l’envie de revoir le film. Oui j’avais besoin de me laver les yeux après toutes les atrocités vues en salles ces derniers temps, dixit @Torpenn, et oui ça fait du bien de revenir aux fondamentaux du film à sensation.

Kong toujours, sauvage et colérique, amoureux, curieux. Kong qui déchaine sa mauvaise humeur et ses frustrations comme un enfant gargantuesque. Kong qui défend ses jouets et son territoire, harcelé par les hommes qu’il écarte comme de vulgaires mouches, qu’il secoue et écrase telles de méprisables fourmis. Ah ! Cette séquence durant laquelle il dégrappe un à un les membres de l’expédition accrochés à un tronc d’arbre, les précipitant ainsi dans le vide : jamais le lancé de mannequin n’aura été aussi tragique, mes amis !

Kong, king de la jungle qui fait swinguer le premier T-Rex venu lui voler la vedette.

Et pour insuffler vie et mouvements à cette île merveilleuse et ses occupants, rien de moins qu’un savoir-faire technique et artistique irréprochable. Il faut voir le souci du détail, le foisonnement de nuances et de contrastes dans les compositions, les trucages chiadés comme ce travelling autour d’un stégosaure (@Zombiraptor me corrigera si je me trompe) fraichement abattu où les plans se superposent, la minutie des calques permettant l’interaction entre séquences en stop motion et scènes « réelles », ou la machinerie derrière les gros plans sur le visage de Kong.

Puis viens le retour à la civilisation. New York, une autre jungle, et la conclusion qu’elle apporte et que tout le monde connaît. Et c’est ici que l’on touche de nouveau au cœur de ce dont je parlais plus haut. Une phrase, une citation en guise de morale :

«Oh, no, it wasn't the airplanes. It was Beauty that killed the beast!»

FAUX !

Je vais vous dire moi ce qui a tué la bête et qui me fout en pétard : c’est un gros con de capitaliste de merde qui est allé faire chier un singe géant de pétaouchnok les bains alors qu’il avait rien demandé tout en violant un environnement vierge, qui l'a ramené en se servant d’une voleuse de pomme aux seins en poire pour l’apâter à des fins commerciales, que comble du comble alors qu’il se retrouve enchainé et jeté en pâture à une bande snobinards et de journalistes stupides et malentendants, se voit chassé et fusillé en croyant sauver la poule qu’il pensait en danger. (Ah l'agonie pleine de grâce de Kong, c'est de la poésie les enfants)

Je vous disais qu’on pouvait extrapoler des heures ; mais je vais résumer :

L’Homme est un gros connard.

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