"Le Royaume de la conscience"

Avis sur Kingdom of Heaven

Avatar Pierre-emmanuel Hun
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Une somptueuse épopée, narrant la geste d'un forgeron devenu Croisé, d'un Croisé devenu défenseur de Jérusalem, pris dans la tourmente de l'amour et de l'obscurantisme. La version "Director's cut" offre un sublime écrin au chef-d'oeuvre de Ridley Scott, approfondissant le passé des personnages, gommant certaines ellipses gênantes, et offrant au spectateur médusé ce qui demeure tout simplement le plus beau film épique de ces dix dernières années.

"Kingdom of Heaven" est une fresque intimiste où finalement les combats, au demeurant magnifiés par un maître en la matière, importent moins que les doutes et atermoiements de ses personnages. Tiraillés entre leur rang et leur Idéal, bousculés par l'amour et l'Histoire en marche, ils ne peuvent faire autrement que d'agir selon la dignité ou la vanité de leur coeur.
Balian est d'une indomptable intrépidité mêlée de noblesse, noblesse qui irrigue les trois heures et cinq minutes de ce "Kingdom of Heaven" en état de grâce. Face à la fourberie de Guy de Lusignan, il oppose sa sincérité intrinsèque, sa pureté d'âme. Son père, Godefroy, est un homme foncièrement bon rongé par ses péchés, par les morts qui le suivent dans ses méandres. Bon, le Roi Baudouin, l'est également, gangrené par la peste comme si sa vertu devait être punie des dieux. Sibylle, la soeur du roi, porte en elle une grandeur d'âme érodée par le jeu des luttes de pouvoirs, par le joug de son rang.
Tiberias, interprété par un magnifique Jeremy Irons, ne peut qu'observer, en témoin passif, l'inéluctable marche du cours de l'Histoire.

Tous ces personnages sont avant tout des visages filmés en clair-obscur par Ridley Scott, visage beau et noble de Balian, visage tourmenté de Guy de Lusignan, masque impassible du Roi.

Dans la tourmente de la Croisade, sous le choc des épées et derrière les gerbes d'hèmoglobine se cache une histoire de filiation, de rédemption, une histoire de chair et de sang.

On pourrait disserter des heures sur la maîtrise dont fait preuve Ridley Scott en matière de grand spectacle, sur le gigantisme des moyens mis en oeuvre et parfaitement utilisés, sur l'incroyable démesure des séquences de bataille. A perte.
Il suffit de se laisser porter par un spectacle comme on n'en fait plus un spectacle qui prône sous ses apparats de blockbuster une paix de l'âme, un "Royaume de la Conscience".

"Kingdom of Heaven" est "Le Cid" des années 2000, un film indispensable, un film qui touche droit au coeur.
Un chef d'oeuvre, tout simplement.

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