Qu'avons-nous à faire d'un chevalier parfait ?

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Avatar Maxime Risbourg
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"Qu'avons-nous à faire d'un chevalier parfait ?", c'est en ces termes à peu près qu'Irons reproche à Bloom son refus de toute compromission.

Scène symbolisant tout ce film qu'il ne faut regarder, disons-le tout de suite, qu'en version director's cut (la version sortie en salle ayant été coupée à la serpe dans des proportions rarement observées).

Pendant tout le film, donc, Bloom joue au chevalier parfait, dont même les plus insipides pages d'amour courtois n'auraient pas osé rêvé. Eh que vouliez-vous lui demander d'autre à cet acteur-là? Il est lisse (wahou la surprise !), il fait toujours les bons choix, envers et surtout contre tous (bah on vous vend un héros parfait donc, là encore, pas de surprises), il n'a même pas besoin de se fâcher lui-même pour des raisons valables avec les méchants : ces derniers le détestent instantanément sur la foi de sa mine d'ange tête à claques (tentation qu'on ne peut pas totalement leur reprocher). D'accord, tout cela est vrai et peut-être même qu'il n'aurait pas fallu inviter Bloom sur ce plateau-là (il faut le voir galérer à trouver la tronche appropriée pour les scènes où le scénario lui demande d'être tourmenté!).

Mais, en plus d'évoquer un épisode historique mal connu du cinéma et rarement évoqué par lui (les croisades et cette période particulière du royaume franc de Jérusalem, sorte de bordel organisé, de pari intenable), Ridley Scott a deux mérites dans ce film.

Le premier, plutôt attendu, dans la reconstitution visuellement époustouflante des scènes de batailles, de l'inconnu que représente le voyage jusqu'à Jérusalem pour les Hommes du temps... bref dans les moments d'action.

Le second, moins attendu (et malheureusement un peu avorté par une fin trop convenue), sur le sens profond de l'héroïsme. Un chevalier parfait en tous points, pour quoi faire ? Et pour changer quoi aux fragiles équilibres politiques, sociétaux, etc ? Autrement dit, le fait que Bloom se débatte, un brin ridicule, au milieu de personnages plus profondément humains (défenseurs de leurs dynasties, coteries, intérêts particuliers, ...) est, je pense, totalement voulu par le scénario. Et, au final, l'histoire de Balian est celle d'un inadapté qui, en dépit de ses efforts pour conserver un comportement toujours édifiant, échoue autant que les autres. En tout cas, voilà la lecture que j'en ai.

Le manichéisme hollywoodien gâte évidemment l'ensemble mais on a déjà vu tellement pire en la matière...

Le XIIème siècle adapté, c'est déjà ça. Je choisis l'indulgence sur ce coup-là.

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