Au Cieux les Hommes ne règnent point

Avis sur Kingdom of Heaven

Avatar Matt Jagger
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Première chose essentielle : V.L.O (Version longue obligatoire). Il ne s'agit pas ici de rallonger de manière assez superficielle un film avec une flopée de scènes coupées, dans le but de prolonger l'intense de plaisir de redécouvrir son film favori en ajoutant sur les Pop-Corn une dose supplémentaire de sucre (Retour du Roi & co).

Comme souvent avec Master Scott, ses films prennent tous leur sens dans leur version longue (Gods and Kings va certainement suivre ce schéma) : Kingdom of Heaven l'illustre parfaitement, le scénario étant quelque peu fantasque sans les divers éclairages apportés par un visionnage plus long.

En ces temps où l'obscurantisme religieux émerge un peu partout, ce film livre un message pour le moins paradoxale, au vue du sujet des Croisades choisi comme cadre au récit : une véritable ode à ce que la religion a pu apporter de meilleur, mais aussi de pire. Si le scénario choisit de se séparer délibérément de la réalité historique, en présentant le mythe du Royaume de Cieux (où les hommes sont égaux), on nous rappelle que cette odyssée en Terre Sainte fut teintée de fanatisme et de massacres, que la raison fut submergée par les extrémistes des deux côtés. Contrairement à des critiques mono neurone que j'ai eu ,le grand plaisir, de lire ici et là, KoH n'est absolument pas pro-occidental : bien au contraire, Scott magnifie l'Orient et l'Islam, et le fait resplendir bien plus que cette sombre Europe Chrétienne en proie aux fous de Dieu et au servage. Le Djihad avait quasiment disparu des régions musulmanes à l'époque, doctrine oubliée, mais réutilisée pour réunifier le monde Islamique. Il n'y a donc pas réellement de "gentils" ou de "méchants" : il y a les grands hommes, doués de Raison (Baudouin (Norton, incroyable malgré le masque), Tibérias, Saladin) et les fanatiques (les Templiers n'ont pas le beau rôle).
Tous les plans sont de véritables fresques, splendides, du froid hiver de la campagne européenne, à la majestueuse Jérusalem en passant par une Messine entre deux mondes. Du côté des scènes de bataille, c'est du Grand Art, efficace, porté par une bande-sonore superbe.
Orlando Bloom a fait débat, je reste partagé sur sa prestation, certes peu reluisante, mais efficace et correspondant plutôt bien à son personnage assez terne et sans réelle volonté propre, pion aux services des autres, en quête du Salut pour sa femme suicidée, mais aussi de lui-même.

Pour conclure, je dirai que KoH est une oeuvre majeure dans la filmographie de Scott, sans doute l'un de ses plus beaux films et chargé d'un message fort qui prend, encore aujourd'hui (et malheureusement) tout son sens. Malgré toute la tragédie que porte cette sombre, mais fascinante, épopée, le message finale reste optimiste : Balian trouve son salut à son retour, en refusant de repartir guerroyer aux côtés de Richard Coeur de Lion dans la IIIe Croisade, dans une terre française où la lumière commence à percer.

PS : on pourrait même aller plus loin dans l'analyse, et rattacher KoH à Robin des Bois (qui reste très en deçà). L'Angleterre sort de l'ombre au retour de Robin de Terre Sainte (fin de la IIIe Croisade), par la Magna Carta, et le début de la fin du féodalisme. Mais bon, pure spéculation ;)

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