(My) Tailor (is bitter)Sweet

Avis sur Kingsman : Le Cercle d'or

Avatar RaZom
Critique publiée par le

Petite digression & pense « pas bête » : il sera nécessaire d’évoquer (plus tard, en temps voulu) la cartouche qu’est en train de me mettre l’exploitant de cinéma dans lequel j’ai pris mon abonnement.

Comparaison n’est pas raison, certes. Mais comment apprécier Kingsman ? Par rapport à James Bond (qu’il a, par bien des angles, ringardisé) ? En évoquant la liste non-exhaustive de films du genre "espion/gadgets/boum/filles canon histoire de dire on tient le nouveau James Bond" ? En prenant en compte que le film épouse la trajectoire des films à succès (donc déclinaison en une franchise) ?

Au-delà du caractère parodique, volontairement WTF et limite provoquant, Kingsman se voulait le chantre de la singularité britannique : du flegme, un sens du dandysme certain et un cynisme qui ne se dissocie pas d’une loyauté sans faille. L’opportunité d’une suite/franchise aurait pu confiner à la paresse : variation, resucée, facilité. Le tabula rasa évoquée dès la bande-annonce tendait à bousculer ce postulat. 141 minutes après, certes la table a bien vacillé et fait place nette. Néanmoins, un petit arrière-goût aigre-doux demeure.

Le story-telling autour de Kingsman était idyllique : un succès certes surprenant mais mérité. La tentation et les rumeurs d’une suite suivirent immédiatement. Puis vinrent le temps de la confirmation et du casting qui se devait d’être "plus". Plus clinquant, plus inattendu bref de consolider l’attente autour de la sortie du Cercle d’Or et d’assurer un démarrage record (ce qui est le cas à l'heure actuelle). Mission réussie donc sur le papier avec Channing Tatum ; Halle Berry, Julianne Moore, Jeff Bridges voire Elton John.

Mais d’où vient donc ce sentiment que le film aurait pu, aurait dû, ne passe pas très loin mais finalement ben voilà quoi ? C’est bien, cool mais ça aurait pu mais vraiment être, bref.

Parmi les raisons abondant dans ce sens, évoquons la partition de Channing Tatum. Sans spoiler, au sortir de 2h21min de film, il convient de se demander le pourquoi de sa présence sur les affiches, le pourquoi du début de buzz autour de sa participation. Sans jouer les vierges effarouchées, sans tomber dans une naïveté béate, Channing Tatum a plus servi d’arguments marketing si l’on se fie à sa prestation. Pour l’anecdote, on dénote assez aisément un temps de présence plus que conséquent pour Elton John que pour Channing Tatum.

D’autre part, évoquons une des particularités de Kingsman. Il y avait dans le précédent opus une certaine sublimation de la violence. Sans en faire l’apologie gratuite, Kingsman avait ce don, celui de rendre esthétique une décapitation, de transcender un duel, de rendre moins gore voire humoristique des scènes de combat. Le Cercle d’Or n’atténue ni ne travestit ces ingrédients. Pourtant, un soupçon parfume cet opus : celui d’avoir légèrement abaissé le curseur de l’insolence au profit de postures plus grand public, quasiment plus polies. Ironie donc de cet opus : ce penchant à dresser les deux opus dos à dos est grand sans pour autant que cela nuise, dans l’absolu, sur la valeur intrinsèque de cette suite.

Car Le Cercle d’Or évite de tomber dans l’adage de la suite ratée. Le succès (et donc les moyens) venant, voilà que s’étale dans l’opus d’après la débauche de moyens, l’opulence des effets spéciaux, l’orgie des décors. Ici, le mieux s’accompagne d’un certain sens du goût et se met au service de l’histoire. Comment ne pas insister sur le savoir-faire ancestral de la perfide albion pour confectionner des habits au poil, comment ne pas pousser l’outrecuidance dans la comparaison avec James Bond quitte à emprunter des scènes/décors d’un des derniers opus de Flemming, pourquoi ne pas attribuer un rôle à un des joyaux de la musique britannique…Il s’agissait de ne pas se vautrer dans l’abondance synonyme de mauvais goût. Pari réussi donc.

D’autant que ces ingrédients (ajoutés, déjà vus) s’accompagnent de ce piment, en l’occurrence celui de dépeindre avec gourmandise le cousin américain. Et c’est sûrement l’un des points forts de cet opus. Celui de souligner avec justesse et ironie l’hégémonie américaine. Soit ce puritanisme déguisé en cynisme, ce mercantilisme à tout va saupoudré de bien-pensance, cet arsenal de moyens surabondant mais à la disposition des alliés…l’association des deux agences permet une métaphore, parfois potache, souvent subtile, volontairement ironique, autour des relations entre le Royaume-Uni et les Etats-Unis. De valet à vassal en passant par la supériorité expliquée par l’expérience, tout en tutoyant la méfiance éternelle entre les deux puissances, on a parfois du mal à discerner ce qui est de l’ordre de la comparaison des méthodes des deux agences ou des deux pays.

Les regrets seront donc à mettre du côté dans l’utilisation de certains biens. Loin de vanter l’utopie de l’égalité dans les répliques entre les acteurs, est-ce-que Le Cercle d’Or ne serait pas l’ultime avatar de ce que représente le libéralisme anglo-saxon ? Dans la sous-utilisation (volontaire ?) de certains des acteurs, ne peut-on pas y voir une représentation de la mise en concurrence entre acteurs et donc in fine à la primauté de l’individu sur d’autres ? Cette marque de fabrique de Kingsman (si tant est qu’un opus permettait d’en imposer une), ce goût pour l’irrévérence en l’occurrence, n’a-t-elle pas été quelque peu bridé pour les besoins de cette suite ? N’est-ce-pas finalement le prix à payer pour dominer, régner sur le genre film d’espion?

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 292 fois
4 apprécient

RaZom a ajouté ce film à 1 liste Kingsman : Le Cercle d'or

Autres actions de RaZom Kingsman : Le Cercle d'or