Si Netflix s’y met, il y a moyen de garder espoir sur la qualité filmique de l’animation intégralement en 2D traditionnelle. L’exploit est pourtant un ensemble et c’est ce que Sergio Pablos réussit pour sa première réalisation. Comme tous les contes de Noël, les valeurs de l’amitié et de la famille surclassent la noirceur et les caprices des enfants, comme des plus grands. Nous avons donc à faire à une relecture d’un mythe et le film n’oublie pas de relancer la magie, ceci malgré une déconstruction intrigante mais ludique. Mieux encore, l’œuvre dégage une sagesse si pure qu’on en oublie le reste. Nous sommes donc dans un décor tantôt chaud, tantôt froid et qui ne fond pas au détriment de l’animation ou de l’émotion. Jusqu’au bout, l’odeur du sapin nous guette et finit par nous rassembler dans une fête solennelle.


Et il faudra compter sur la magnifique écriture des personnages pour s’en convaincre. Bien que l’on ne se détache pas de certains archétypes, il est très apprécié de découvrir un nouvel anti-héros, qui apprendra à aimer et pensée pour le bien commun. Il est donc évident que Jesper, fils fortuné, égoïste et paresseux, basculera et ainsi, la magie de Noël s’accomplira. Mais il est pourtant au cœur de son origine, en accrochant le bonheur au sommet d’un sapin de gaieté. Et à notre surprise, il est difficile de constater une telle évolution, car durant son exil lucratif, il fit la connaissance de la violence et l’indépendance d’une cité qui peine à communiquer. Chaque habitant met sa créativité au service d’une rivalité éternelle et se noie ainsi dans une routine tragique. Seuls les enfants sont épargnés, car leurs âmes ne demandent qu’à s’épanouir dans les rues ou dans une éducation, qui leur manque inévitablement. Le rapport de chacun avec cette ville empoisonnée est donc une approche malicieuse, qu’elle en devient presque délicieuse rien qu’à la contempler. Cela génère un bon humour et de bons gags qui ne se penchent pas toujours dans la facilité, ce qui est sincèrement encourageant.


La galerie de personnage dévoile donc leurs qualités avant l’heure, comme Alva, l’éducatrice l’ambitieuse. Puis tout s'emboîte dans son univers et peu à peu la ville prend des couleurs ou des teintes qui rassemblent et qui réconfortent. C’est alors qu’intervient le mystérieux Klaus, vivant dans un coin reculé de toute cette terreur. Et tout comme Jasper, il possède des faiblesses et une sensibilité. Ensemble, ils surmontent ainsi traumatismes et vices de la jeunesse, afin de garder le sourire aux lèvres et les larmes loin du feu chez des enfants défavorisés. S’ajoutent des mises en scène intelligente, jouant souvent sur les perspectives et nous comprenons indirectement que le monde n’est pas toujours joyeux, mais qu’il peut le devenir avec un peu de compassion et un emballage qui les promesses de vœux qu’il nous arrive de faire dans le vide. Et chaque prise de vue attire la lumière, comme si l’on bénissait ce conte avec une sincérité que l’on accepte volontiers.


Ainsi, “Klaus” brille de mille feux et nous séduit techniquement, malgré un léger remous dans une dramaturgie qui zappe quelques moments forts. Dans les ellipses, nous finissons par comprendre, car on ne surexplique pas tout, mais il y avait sans doute mieux à faire côté discours de motivation. Mais l’humain est tout de même présente et nous permet de nous accrocher à l’éveil d’une fête dont nous oublions parfois les vertus. Aveuglés par la surconsommation et un mode de vie plus proche de celui de Jasper, nous devons prendre du recul sur nos décisions qui finissent irrémédiablement par influence notre entourage avec lequel la cohabitation ne doit pas être source de conflit. La morale est simpliste mais efficace au terme de cette balade entre des planches grinçantes et une forêt silencieuse.

cinememories
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Le 8 février 2020

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