Krampus ou 7 astuces pour passer un agréable Noël en famille

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Krampus est le film parfait de Noël dans la mesure où, comme le 25 décembre, il ne tient jamais totalement les promesses qu'il fait et laisse derrière lui une petite déception, en dépit des bonnes surprises. On attendait mieux et plus. Alors oui, je suis sûrement, au fond, un gamin un peu ingrat, condamné à l'insatisfaction parce que mes rêves ne rejoignent jamais la réalité, mais peut-on me le reprocher ?

Il faut dire qu'il est difficile de ne pas s'imaginer de choses avant d'aller voir un film. Une affiche, un synopsis ou une tagline peuvent parfois déjà créer un début d'histoire, planter une graine dans les imaginations fertiles qu'il est très difficile d'empêcher de germer. Krampus est l'un de ces films. Il suffit d'un coup d'oeil à cette affiche presque vintage pour tomber sous le charme (la dominante de bleu sombre et le visuel frappant me rappellent Vampire, vous avez dit vampire ? qui m'avait traumatisé tout petit). Un titre mystérieux, le contraste entre esprit de Noël et thématique horrifique, l'aspect presque comique de la silhouette se découpant face à la lune : tout est là pour que les fils de l'histoire commencent à se dénouer, avant même que les titres ne défilent sur l'écran.

Pour rester dans cet esprit de Noël, voilà donc 7 conseils pour passer un agréable Noël en famille, qui se veulent aussi 7 points sur ce qui fonctionne (et ce qui fonctionne un peu moins bien) dans Krampus.

1. L'emballage est aussi important que le cadeau.
Je l'ai déjà écrit : les outils marketing qui entourent un film participent à son attrait. C'est bien pour ça que certaines boites sont payées des millions pour trouver des idées visuelles sympas (on se demande d'ailleurs où est passée la créativité ces dernières années). J'ai parlé de l'affiche, mais il faut absolument mentionner la tagline ("You Better Watch Out" en anglais, qui sont les premières paroles du cultissime Santa Claus is coming to town), qui choisit de détourner un chant de Noël pour en révéler le penchant glauque : nous voilà clairement dans une horreur teintée de comique, et ça fait du bien. On a directement l'impression que Krampus est l'un de ces films à part qui refusent l'hyper-sérieux du monde du cinéma pour faire plaisir au spectateur. Les crédits et la première scène du film confirment cette opinion : le logo Universal gelé (suis-je le seul à adorer quand les crédits des films sont adaptés à leur propos / leur charte graphique ? C'est fou comme ça parvient de suite à créer une ambiance), la joyeuse musique de Noël, la scène d'intro au ralenti : tout est réuni pour nous mettre dans le bain, sur fond de culture pop pervertie et moquée. En bref : Krampus commence sous de jolis auspices.

2. Honorer le passé.
C'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleures confitures, disent certains. Ici, on a clairement affaire à un film qui rend évidentes ses références très eighties. La plus directe : le Gremlins de Joe Dante. Même période de l'année, même jeu entre horreur et comédie, même innocence de départ, même petits monstres qui font des bruits chelous à l'étage. Et ça m'avait manqué ! Dans une industrie qui table sans cesse sur les hyperlatifs pour tenter de titiller son public (Plus de sang ! Plus de 3D ! Plus de jeunes imbéciles !), c'est un retour aux sources assez agréable. J'y ai trouvé aussi quelques petites effluves du Labyrinthe de Pan de Guillermo Del Toro, notamment dans les touches gothiques, les jeux d'ombres et le big bad (qui ne semble pas computer-generated, how vintage !) - autrement dit : le réalisateur a bossé ses classiques. Bon point pour l'élève Dougherty.

3. Savoir s'entourer.
Du côté des acteurs, on trouve du bon : Toni Colette, cruellement mésestimée à Hollywood, Adam Scott, habitué des projets indé particuliers, ou encore David Koechner, comique de service qu'on a déjà entr'aperçu dans les Anchorman et plusieurs séries B, sont tous au taquet. Ces trois-là sont notamment entourés d'une floppée de gamins plutôt bons, même si coincés dans des personnages bateaux (le gros imbécile, les jumelles bourrines fans de lutte et de chasse, la grande soeur greluche). Quant au personnage principal, il est la combinaison parfaite de mignon et agaçant. On mentionnera aussi la grande tante (Aunt Marge, es-tu là ?), classique vieille alcoolo qui sort deux-trois blagues mal placées mais qui fait toujours sourire. Tout ça forme une modern family pleine de défauts et clairement morcelée qui va sérieusement en prendre pour son grade dans le film. Car il est bien là le thème principal de Krampus : la famille (insérer morale judéo-chrétienne sur l'importance de s'aimer).

4. Trouver le bon ton de conversation.
Sans rien spoiler, on comprend très vite que Krampus n'est ni un film d'horreur classique, ni une comédie noire, mais plutôt une sorte de fils bâtard des deux. D'où souvent quelques difficultés à trouver le bon ton, à jongler entre l'un et l'autre sans décevoir. C'est là l'un de ses premiers péchés : non pas qu'il soit impossible de réaliser des comédies d'horreur, mais il s'agit de trouver la balance idéale - et Dougherty hésite trop pour entièrement convaincre. Il manque notamment au film un certain jusqu'au-boutisme. A quelques rares exceptions, les aspects comiques sont exploités, mais pas assez pour faire réellement rire, et les éléments horrifiques trop légers pour faire tressaillir. On déplorera par exemple

l'absence de mort à l'écran (si ce n'est la gamine qui se fait bouffer par le clown / ver géant, mais dont on n'aperçoit que les pieds) et le choix de rester très soft sur les "disparitions" des personnages.

C'est ballot.

5. Le fait-main triomphe toujours.
Là où ça fonctionne, par contre, c'est sur les effets visuels plutôt créatifs. Alors c'est évident, on n'est pas sur un budget FX à 6 zéros, et il y a un choix délibéré de se la jouer "à l'ancienne". Ca peut être rebutant, mais moi ça m'a parlé. Tout cela fait aussi écho à l'hommage appuyé aux oeuvres de Dante des années 80 et, pour le coup, ajoute un soupçon d'humour qui passe bien. Une scène en particulier, lorsque trois adultes montent au grenier, accumule les gags horribles et les trouvailles visuelles un peu barrées. C'est kitsch mais c'est volontaire - et ça parvient même à faire un peu flipper = gain sur toute la ligne. Les créatures bizarroïdes sont signées Weta Workshop, donc aucune surprise à y trouver un brin de folie qui fonctionne. Je retiens aussi une fabuleuse scène flashback réalisée en mode animation (un peu comme le Conte des trois frères dans Harry Potter 7) aux accents presque Burtoniens. Même le grand méchant est un mec sous un costume plutôt qu'une image générée par ordinateur, c'est dire !

6. Chercher l'ennemi commun qui unira la famille.
Le grand méchant, justement, est à la fois un atout et une faiblesse du film. Atout parce qu'il est accompagné de toute une symbolique sympa (les cornes gigantesques, les pieds de bouc), à l'esprit très démoniaque / diabolique (un petit côté Drag Me To Hell) et avec une mythologie soignée (forcément, elle existe depuis des siècles dans la vraie vie). Pour ceux qui ne le connaitraient pas, on découvre une alternative au Père Noël, sorte de Père Fouettard gigantesque et malfaisant qui punit les familles qui auraient oublié ce qu'est l'esprit de Noël. Le concept, sur le papier, et lorsqu'il est raconté dans le film, semble plutôt cool, je vous l'accorde. Là où le bât blesse, c'est dans l'absence de cette créature, qui se cache trop longtemps dans le film et manque un peu de punch lorsqu'elle apparaît enfin en poils et en os sur l'écran. Au final, c'est un peu comme le Père Noël en fait : beaucoup de bruit pour pas grand chose.

7. S'assurer du bon rythme du repas : entrée, plat, dessert.
La faille majeure du film, et celle qui l'empêche d'être une véritable réussite est là : le rythme et le scénario. Ca commence très bien, mais ça s'épuise très vite. Le début est quasi parfait, et on sent monter crescendo la tension : le sourire vicieux aux lèvres, on guette l'arrivée imminente de la grande Faucheuse, on sait qu'ils ne vont pas tous s'en sortir et on s'en frotte déjà les mains. J'admets : la première "attaque" est efficace, mais trop courte. Tous les éléments étaient pourtant en place : un décor grandiose, un monstre qu'on voit au loin, un personnage qui se cache - mais on reste sur notre faim. Le reste de Krampus relève du même dilemme : on a constamment envie de croire que ça va décoller et que le film va prendre une dimension supplémentaire, mais ce n'est jamais le cas. Un peu comme un élève un peu trop glandeur, il se contente presque du minimum syndical pour être sympa, mais peine trop souvent à s'élever au dessus de la moyenne. Où était Del Toro quand on avait cruellement besoin de lui ?

Au final, si je reste un peu sur mes attentes, je ne regrette pas l'expérience Krampus pour le parfum de nostalgie qu'elle exude. C'est pour cette même raison que je suis foncièrement sympa avec un petit 7 pas franchement mérité, mais décroché là pour les bonnes intentions de Dougherty. Et si l'enfer est pavé de bonnes intentions, on aurait pour le coup bien aimé y faire un tour sur le dos du méchant Krampus.

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