L'inconstance de l'innocence.

Avis sur Kubo et l'Armure magique

Avatar Neeco
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Il fut un temps où les hommes n’étaient pas érudits. Ils découvraient encore leur environnement, cherchaient à le comprendre et à vivre en harmonie avec lui. Mais des choses qu’ils ne comprenaient pas ne cessaient de les prendre au dépourvu. Ils étaient à la merci de forces supérieures, malmenés par les éléments. De ce tumulte et de ces interrogations s’extirpèrent les dieux qui se présentèrent aux hommes, illuminant l’inconnu, offrant douceur, grâce et sécurité. Alors les hommes purent se détacher de la terre, élever leur conscience et bâtir un monde qui leur ressemblerait, soutenu par les piliers que sont leurs expériences, leurs peines, leurs joies, les souvenirs et les histoires contées et racontées. Du tumulte, naquit la poésie d’un univers de douceur.

C’est ainsi, recraché par l’océan dans une langue d’écume que Kubo nous est présenté. Kubo n’est pas seul. Sa mère, qui donna presque sa vie et toute sa raison, l’accompagne dans l’existence, aux côté d’un grand guerrier samouraï et d’une formidable poignée d’animaux féroces qui soufflent leur vigueur face à la pâleur d’un soleil naissant. Kubo affronte son destin à bras le corps, plein d’une énergie puisé dans un amour inconditionnel, ne possédant rien mais offrant tout à ces instants de poésie que le monde n’a de cesse de lui projeter, délicates ombres chinoises pansant les craquelures des âmes en souffrance.

Kubo est poète, conteur d’histoire. Il se bat pour consolider les liens qui unissent les hommes. Et que ces liens sont frêles ! A la moindre distraction, les hommes se détournent, oublient tous les enseignements qui leur fut jamais appris et se lancent à corps perdu dans la destruction, l’ego gonflé, la raison aveugle et le cœur sec. Ils prennent la place des dieux, les évincent et déversent un flot vicié sur l’humanité et se perdent eux-mêmes dans cette croisade absurde. La mission de Kubo est ingrate. Il n’en verra jamais le fruit, il ne cessera de donner sans jamais recevoir. Ainsi va la vie des hommes valeureux, passeurs d’humanité.

Le monde n’aura jamais eu l’air aussi vaste et pesant que perché sur les épaules de Kubo, plié en deux mais ne cédant jamais. Kubo trouve sa force dans ces touches de poésie, ces couleurs revigorantes que le monde, semblant soudain bienveillant, consent à lui faire entrevoir. Kubo y puise alors la clairvoyance de son innocence, jetant ses dernières forces dans la bataille. Une bataille pour sa famille et sa mémoire. La bataille d’une figure paternelle aux multiples facettes. Une bataille pour consteller l’univers des points lumineux de son humanité. Une dernière bataille pour trouver un semblant de sens, pour que toute cette haine et ce malheur s’étant abattu sur lui le suive dans la tombe, conjurant ainsi le sort et permettant aux générations d’hommes et de femmes qui suivront de continuer sur la voie qu’il eut du mal à tracer.

Et si tout n’était qu’une belle histoire, une dernière.

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