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Avis sur LOL (Laughing Out Loud) ®

Avatar Salim Belghache
Critique publiée par le

Quoi de mieux pour débuter son aventure critique sur ce site que de réaliser la critique du film que l’on méprise le plus. Avec l’âge, de l’eau a coulé sous les ponts entre ce film et moi. Je garde quand même lors du revisionnage de ce film, cette même amertume. Je reviens sur ce film presque comme un vieil homme faisant le bilan de sa vie. Si LOL est un film référence pour toute une génération, il n’en est rien pour moi. Je souhaitais savoir pourquoi et l’expliquer en revoyant ce film.

Ce qui est le plus frappant et qui sera la base de mon analyse, ce sont les contradictions que fait la réalisatrice. Toute la structure du film qu’Azuelos tente de faire est remise en question à maintes reprises. Au début du film, elle tente de mettre les cartes sur la table, en montrant explicitement l’idée de ce film. Accompagné de cette comédienne au charisme comparable à celle d’une huître, qui depuis n’a plus eu un premier rôle important (on comprend pourquoi), qui par sa voix off nous laisse entendre que ce film ressemblera au teen movie américain mais avec tous les aspects de notre belle France. Le film sera par conséquent dans un cadre bien français, qui ici se passe dans la bourgeoisie du 16ème arrondissement de Paris. C’est ça la France ? Bien sûr on veut bien le croire.

Pour bien ressembler à un teen movie américain, il faut s’accompagner d’une bande d’ados de choc, qui représentent la globalité de la jeunesse. Il nous faut deux beaux gosses, qui seront respectivement les deux copains du personnage principal. Il nous faut un intello que le personnage principal présente comme tel : « Il est le fils d’un ministre mais il est très sympa. ». Belle description n’est-ce pas ? La réalisatrice a si peu à dire sur ses personnages c’est affligeant. Bien évidemment, pour respecter les quotas, il lui faut un arabe, un juif, une brune, une blonde, une autre blonde pétasse et enfin la fille un peu plus costaude que les autres. Il ne manque plus que le noir pour respecter les quotas, mais bon il y a l’arabe pour faire plaisir aux autres communautés, que l’on ne veut pas voir. Sans se rendre compte, Azuelos par la rapide description des personnages, fait basculer son film non pas dans un film décontracté, mais dans un film éminemment politique.

Voilà le véritable problème de ce film c’est qu’Azuelos change de structure comme de chemise. On passe d’un teen movie complètement assumé où l’on ne se concentre que sur leurs problèmes, les cours, les garçons… Elle n’en fait rien et bascule dans un affrontement de générations entre la fille et sa mère incarnée par Sophie Marceau, qui nous sort avec ses amis fumeurs de joints, un discours féministe à deux francs pathétique. Cela arrange bien la réalisatrice de parler de cette cause, qui est totalement politique, mais lorsqu’il s’agit d’offrir à son jeune public le modèle bourgeois, sans noirs et avec un seul arabe, on s’en fiche du message qu’on envoie. Elle se désintéresse tellement de l’environnement de ces jeunes, qu’il n’y a seulement que deux scènes courtes de cours et une dernière à la fin du film où les élèves dissèquent des cœurs de cochons.

Le changement se ressent même dans la mise en scène, par l’utilisation de plusieurs ralentis qui sont assez présents au début du film et seulement dans les scènes qui se passent au lycée. On n’en revoit plus pendant 1h30, quand soudain elle en sort un comme ça. Azuelos a si peu d’inspiration de mise en scène, qu’elle n’hésite pas à tomber dans les clichés, en mettant des séquences de musique à tout va. Et oh mon Dieu la musique ! Évidemment pour aller vers la caricature, les garçons ont un groupe de « rock », que l’on pourrait comparer à Coldplay (pour la qualité désastreuse de la musique), les filles sont en admiration. De plus, la réalisatrice souhaite comparer ce groupe aux Beatles. Sauf que les Beatles faisaient de la bonne musique d’une part. D’autre part, ils avaient un minimum de personnalité et de charisme.

La relation entre les deux générations est si mal exploitée, presque caricaturale, avec des enjeux qui en tant que spectateurs nous désintéressent assez vite. Après, Azuelos réussit à tenir cela un minimum debout en se basant sur le film La boum, qui a fait connaître Marceau. Le spectateur peut faire un parallèle (s’il a vu le film La boum) entre les deux époques. Mais le constat est simple les jeunes font les mêmes conneries… Alors pourquoi faire le film ? Azuelos a sans doute senti qu’elle ne pouvait pas faire tenir son film par ce seul principe. Même si l’intérêt de la double temporalité aurait pu être un moteur essentiel si elle en avait véritablement fait quelque chose. Par exemple qu’Azuelos nous montre le passé du personnage de Marceau, qu’elle la fasse exister tout simplement. Au lieu de ça, elle offre une dimension différente aux adultes, en les rendant aussi stupides que les jeunes.

Enfin, en quoi ces changements de structure ne fonctionnent pas ? D’une part, les personnages remplis de caricatures n’évoluent jamais, car ils restent dans une ou deux caractéristiques et s’y tiennent. Faire tenir des personnages avec si peu de personnalité, tout en essayant de filmer leur potentiel de grâce est impossible. Les personnages intéressants comme le père (Alexandre Astier) et la grand-mère (Françoise Fabian) partent et reviennent comme les structures, ils ne font que passer, ils reviendront peut-être plus tard qui sait ? Deux bonnes idées que l’on fout en l’air. Si les personnages changeaient véritablement et la mise en scène avec, on pourrait supposer une véritable logique et une construction minutieuse. Mais il n’en est rien.

D’autre part, les lieux qui accompagnent ces personnages ne sont pas non plus exploités. L’école par exemple n’est qu’un prétexte, elle est une entité sans consistance. C’est bien ça le problème, le monde autour d’Azuelos est si petit que les personnages ne peuvent s’épanouir pleinement dans le cadre. Elle en accorde très peu d’importance car il n’y a pas de prise de position de mise en scène. Ce qui fait que nous passons de sujet à l’autre, de personnage aussi, sans réelle justification de mise en scène. Lola est toujours filmée de la même manière, assez proche, dans l’intime comme dans la rue. Puis accorder de l’importance aux autres personnages, alors que nous sommes majoritairement du point de vue de Lola n’a aucun intérêt. Cela vient un peu comme un cheveu sur la soupe. Azuelos doit retourner au cours de cinéma de première année pour revoir la question. Cela démontre surtout qu’Azuelos a si peu confiance en la caractérisation du personnage principal comme si elle ne pouvait pas incarner toute une jeunesse. Sa base c’est-à-dire Lola est si faible que cela l’oblige à faire n’importe quoi.

Azuelos rend son film si sérieux. Elle tente de le faire passer pour un film au second degré assumé. Cependant on n’y croit pas. On suppose surtout que la réalisatrice a un point de vue sur le monde des plus pathétiques, qu’elle vit dans un autre monde, une galaxie lointaine. Elle n’a pas essayé de réaliser une étude de la jeunesse de son époque. L’ambition d’un Pialat n’est pas présente. Elle tente de vendre sa vision de la jeunesse, qu’elle essaie de mettre en avant pour que toutes les jeunesses tentent un tant soit peu d’y ressembler. Elle oublie qu’il y a en effet, différentes jeunesses et qu’elles ne sont pas identiques les unes des autres. Son point de vue est par conséquent nul et contestable. S’il est contestable alors elle perd tout crédit aux yeux d’un spectateur plus exigeant. Bon allez, vu que je suis d’origine arabe, je vais me faire une chicha avec le personnage arabe, elle va adorer faire un film sur ça la Azuelos. Je vous laisse imaginer la couleur.

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