Un docu-fiction plat et sans envergure

Avis sur L'Aigle de la neuvième légion

Avatar Sébastien Decocq
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Kevin Macdonald s’est fait un nom dans le domaine des films documentaires. Mais il a également réussi à percer dans le cinéma « traditionnel », en livrant des longs-métrages plutôt marquants. Et ce par le biais de trois films : La Mort suspendue, Le dernier roi d’Écosse (qui valut l’Oscar du meilleur acteur à Forest Whitaker) et Jeux de Pouvoir (avec l’excellent Russell Crowe). Pour sa quatrième réalisation « classique », Macdonald décide d’adapter un roman, avec des airs de péplum, intitulé L’Aigle de la Neuvième Légion (écrit par Rosemary Sutcliff). Macdonald continue-t-il à nous éblouir ?

L’histoire se déroule en 140 après Jésus-Christ, au nord de la Grande-Bretagne. Époque durant laquelle les Romains tenaient les Pictes à l’écart de l’Empire par le biais du célèbre mur d’Hadrien. Derrière lequel disparut la neuvième légion, 20 ans plus tôt. L’occasion pour un jeune centurion de tenter de retrouver l’emblème de cette légion, l’aigle, afin de restituer l’honneur de sa famille (son père ayant commandé et donc disparu avec la fameuse légion). Ce n’est pas la première fois que la légende de la neuvième légion inspire le cinéma. En 2010, nous avions eu droit à Centurion, réalisé par Neil Marshall (The Descent), qui s’était plus présenté à nous comme un survivor au visuel très barbare au lieu d’un péplum dans la veine de Gladiator ou bien de Troie. En réalisant L’Aigle de la Neuvième Légion, Kevin Macdonald décide de raconter cette légende d’un autre point de vue.

Cette fois-ci, il n’est plus question de la légion même, mais plutôt d’un personnage qui tente de retrouver ce qu’il en reste. Du coup, sur le papier, le scénario promet de s’intéresser uniquement au protagoniste et non à des séquences d’action. Avec Macdonald, ce que nous voulons, c’est un film travaillé. Non un divertissement sans âme comme le genre du péplum nous offre depuis quelques temps. Et en voulant se préoccuper d’une histoire de rédemption (retrouver l’honneur), d’amitié improbable entre ce jeune centurion et un esclave picte qui lui sert de guide, le cinéaste veut faire dans le grandiose niveau scénario. Vraiment, L’Aigle de la Neuvième Légion promettait !

D’autant plus que la mise en scène de Macdonald sert énormément à l’entreprise. Son style visuel se rapprochant rarement d’un film conventionnel, allant plus dans le documentaire. Même si avec ce film, le réalisateur se permet quelques effets, quelques images qui donnent un réalisme certain à quelques plans et décors (comme ces marécages qui semblent véritablement poisseux), qui ramènent le spectateur à se dire : « C’est bien un film que je suis en train de regarder ». Quant aux accessoires (costumes, boucliers, armes…), il heureux de voir que cela n’a pas le côté « plastique » qui se remarquait dans Troie, un film pourtant à plus gros budget que celui-ci (150 millions de dollars contre 25 millions).

Il est donc fort dommage de constater que L’Aigle de la Neuvième Légion nous apparait finalement comme un film bancal. À commencer par son scénario qui hésite maladroitement entre le drame historique et le film d’action. Au départ, nous avons une longue introduction qui présente les personnages sans que cela ne parte en bain de sang, pour finalement passer dans une séquence d’infiltration à la 13ème Guerrier. Pour finir par une bataille digne de Centurion (le gore et la barbarie en moins). De ce fait, il est très difficile de voir où L’Aigle de la Neuvième Légion veut en venir, semblant laisser ses personnages de côtés au beau milieu du récit pour ne s’intéresser qu’à ce qui se passe à l’écran. Et comme le film n’est pas vraiment orienté action, difficile donc de se plonger dans ce qui semble finalement n’être qu’une coquille vide.

D’ailleurs le fossé entre les deux genres se remarque aussi bien dans les répliques que dans le choix des acteurs. Voir deux jeunes têtes d’affiche que sont Channing Tatum (qui atteindra sa renommée avec 21 Jump Street mais pour le moment, il doit se contenter de G.I. Joe : le Réveil du Cobra) et Jamie Bell était risqué. Sans doute un bon choix pour ce qui est de renforcer la personnalité de leur rôle respectif. Mais en ce qui concerner leur allure, c’est autre chose : les deux s’amusent, par moment, à jouer les mecs badass et nous balancent donc à la figure des phrases que nous aurions préféré entendre de la bouche d’un Stallone ou d’un Schwarzy. Ce qui rend, au final, certains passages assez ridicules (notamment le dernier plan, où nous les voyons de dos, marché tout en balançant les épaules comme des caïds). Ainsi, tout le réalisme instauré par la mise en scène en prend un coup, l’ensemble perdant toute crédibilité.

Et là où L’Aigle de la Neuvième Légion n’arrive pas à tenir la distance, c’est par l’usage mal calibré de son petit budget. Si nous avons des accessoires et costumes réussis, ce qui nous apparait à l’écran témoignent du manque de moyens. Notamment quand le film se lance dans des batailles qui se veulent énergiques, mais qui se font sans une seule once de spectaculaire (le nombre de figurants étant déjà assez limité). Attention, je ne demande pas spécialement que ça explose dans tous les sens (en même temps, difficile d’avoir de telles séquences dans un péplum) ! Juste qu’il y ait un sentiment de grandeur qui se dégage dans ce genre de scène. Ce qui, vous l’aurez compris, manque cruellement à ce long-métrage.

Ce qui irait le mieux à L’Aigle de la Neuvième Légion, c’est l’appellation de docu-fiction. Tant le film ne cache pas son manque de moyens et se montre bien plus pédagogue qu’autre chose. Et ce même s’il veut aller en faveur de l’action par moment. Le problème reste que l’on s’ennuie facilement, que l’on se désintéresse rapidement du film à cause de sa platitude et de son manque d’envergure. Comme si nous venions d’assister à un reportage lors d’une visite de musée. Un comble pour un expert en documentaires et en bons films. Pour sa quatrième réalisation, Macdonald fait chou blanc !

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