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L'Aigle et le Vautour par p3i

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Extrait de la critique d'Erik Maurel publiée sur le site dvdclassik.com :

A posteriori, ce western pourra sembler banal mais il pourrait tout simplement être l’un des premiers westerns d’espionnage ; ce devait être aussi l’une des premières fois que l’action se déroulait quasi-intégralement sur le territoire mexicain et non plus en Amérique du Nord, même si le tournage eut lieu en Arizona. Au final, ce petit western méconnu aura su innover sur plusieurs plans. Il est également intéressant de constater que les Mexicains ne sont encore pas ici caricaturés comme ils le seront trop souvent par la suite, y compris dans quelques chefs-d’œuvre du genre. Rendons grâce pour tout cela au scénariste Daniel Mainwaring - déjà auteur non négligeable de petites pépites telles La Griffe du passé (Out of the Past) de Jacques Tourneur ou encore Ca commence à Vera Cruz (The Big Steal) de Don Siegel - qui, en collaboration avec le réalisateur lui-même, a signé un scénario non seulement novateur mais intelligent, extrêmement bien écrit, plein d’humour et historiquement passionnant.
Alors que la guerre de Sécession faisait rage, Napoléon III a voulu profiter de la déstabilisation et la vulnérabilité du Mexique pour installer à la tête du pays Maximilien d’Autriche, trahissant ainsi le président légitime, Benito Juarez, alors ami du gouvernement américain. Le fait historique est bien réel mais il serait dommage, au détriment de l’intrigue, de dévoiler les rouages qui feront prendre conscience à nos héros de ce coup d’Etat qui se préparait en sourdine. Car l’imbroglio d’espionnage mis en place par les scénaristes, quoique très fluide et finalement assez attendu, n’en est pas moins captivant pour l’époque. Mais ce n’est pas le seul point positif de ce script. En effet, le duo que Foster et Mainwaring a décrit, celui formé par un Texas Ranger et un agent secret du camp adverse, se révèle bougrement attachant et leurs relations faites d’amitié, de connivence et d’ironie peuvent faire penser à celles qui lieront plus tard les personnages interprétés par Roger Moore et Tony Curtis dans la série Amicalement vôtre. Et vu que John Payne et Dennis O’Keefe sont parfaits dans la peau de leurs protagonistes respectifs, on se régale de leurs échanges divinement spirituels ; il faut dire que les dialogues concoctés pour ce film s’avèrent brillants et savoureux. Attention, ne vous y trompez pas, il ne s'agit aucunement d'une comédie mais d'un film bourré d'humour, nuance !
Saluons aussi la photographie en Technicolor de James Wong Howe, qui nous avait surtout habitués jusqu’à présent à manier le noir et blanc avec dextérité", et un casting parfaitement choisi. Si Rhonda Fleming n’est pas spécialement une grande actrice, cette sculpturale rousse en impose quand même sacrément ; Fred Clark et Frank Faylen sont des "méchants" que l’on aime haïr ; et nos deux compagnons de fortune sont superbement interprétés par Dennis O’Keefe, le bavard impénitent, et John Payne, bien moins loquace, préfigurant l’homme sans nom de Sergio Leone avec ses réparties cinglantes et non dénuées d’une forte dose d’ironie. Alors qu’on le critique souvent pour sa fadeur, je vous conseille de jeter un coup d’œil sur la prestation que Payne délivre dans ce film pour vous rendre compte qu’il n’en est rien. Un acteur à redécouvrir d’urgence ! Un scénario intelligent et bien ficelé, de l’humour à revendre, de la romance, de l’action, un arrière-fond historique passionnant, une pointe d'émotion inattendue vers le final... Il manque assurément un grand metteur en scène derrière la caméra, mais n’accablons pas plus ce pauvre Lewis R. Foster car son travail de bon artisan nous aura fait passer un moment bougrement agréable.

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