L’âme en double

Avis sur L'Amant double

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Dès le départ Ozon annonce la couleur: Chloé est chez sa gynéco, et un zoom sur sa vulve se confond avec un dézoom sur son œil.
L'oeil, miroir de l’âme qui correspond directement avec l’origine du monde… tout un programme...
Déjà, le spectateur est partagé entre la fascination et le dégoût face à cette provocation un peu pompeuse.

On enchaîne avec la première visite de Chloé à son fameux psy: là encore, Ozon manie la symbolique à foison, elle est filmée au coeur d’une spirale, celle des escaliers, puis assise dans un cadre qui l’écrase, ou de biais, face à un miroir, parfois c’est le psy qui est décalé, en observateur… Autant de jeux qui nous en disent long sur l’état d’esprit de l'héroïne.
Chloé c’est la fille dont on nous dit depuis le début qu’elle est perdue, et dont chaque apparition renforce notre première impression: le malaise.
Son physique androgyne lui donne un genre indéterminé, son boulot de gardienne de musée la laisse sur la touche: vêtements passe partout, elle est la copie de ses collègues, une personne insignifiante qui regarde les visiteurs qui ne la remarquent pas.
Elle est invisible, inexistante, elle n’est personne.
C’est ce qu’elle révèle à son psy, et c’est quand il ose lui poser des questions qu’elle commence à exister. C’est le début de sa relation avec Paul, où le psy devient “quelqu’un” en donnant à Chloé une consistance.
On est exactement dans la même configuration que des Etats qui pour exister ont besoin d’être reconnus comme tels par d’autres Etats.

Ozon arrive parfaitement à créer et à maintenir pendant tout le film une tension.
Le spectateur sait qu’il y a quelque chose, alors il cherche, il scrute chaque élément, il apprécie la mise en scène, les jeux de miroir, de spirale, la musique anxiogène, il goûte au passage les excellentes prestations des acteurs, il tente de démêler avec Chloé, parfois contre elle, le nœud de l’intrigue. Parce qu’on en vient à douter de ce qu’il faut croire: rapidement on s’interroge sur ce personnage masculin dont on ne sait rien, et Paul devient une énigme à lui tout seul.
Tout en croyant savoir, le spectateur attend la prochaine révélation qui viendra confirmer ou pas ses supputations.

Jamais le film n’est trop long, il se termine quand il faut, avec le bon tempo, et la conclusion est à la hauteur des espérances qu’avaient pu faire naître toute l’histoire.
Même en ayant deviné vers quoi on se dirigeait, Ozon traite son sujet avec tellement de savoir faire et de maîtrise qu’on ne peut qu’apprécier le spectacle.
Le tout servi par des acteurs remarquables et agréables à regarder, nimbés d’une musique parfaite, non vraiment il n’y a rien à jeter dans ce film qui a su m’emporter.
Ça fait un bien fou.

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