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Guy Gilles est un cinéaste passionnant malheureusement trop peu connu. Un cinéaste qui parvient jouer sur le sensitif, à effleurer le spectateur comme peu savent le faire. Il m'a énormément touché.
Je parlais après avoir vu l'amour à la mer des nombreuses influences de ses compères de la nouvelle vague qui émanaient du film. Après avoir vu ces deux autres je rectifie le tir, Guy Gilles est à part. Son cinéma est celui de la mémoire, du souvenir, du temps figé dans le passé, du temps qui passe. Ce n'est pas un hasard si le bonhomme est aussi photographe. Qu'est-ce que la photographie sinon la captation d'un moment précis à un temps fixe. Son cinéma est photographique, figé. Chez Gilles il y a le présent mais surtout le passé. Il règne une profonde nostalgie et mélancolie dans son cinéma. On y vit de souvenirs, on se remémore des instants.
Sa façon de privilégier le plan fixe, de jouer sur le montage afin de créer une accumulation d'images va dans ce sens. Gilles filme beaucoup les objets comme marqueurs du temps, la matière, souvent des murs, quoi de plus figé qu'un mur. Il est intéressé par l'évolution des choses, des décors, mais pas dans le sens comment vont-elles devenir mais plutôt comme étaient-elles avant.
Gilles filme le souvenir en couleur et le présent en noir et blanc, dès lors tout est dit. Les personnages sont mal à l'aise dans le présent, et ont peur d'affronter le futur, ils se réfugient alors dans le passé, dans ce qui est acquis, dans le rassurant.

C'est un cinéma plutôt triste, profondément mélancolique mais pourtant pas morbide, même s'il est beaucoup question de mort. La mort prise telle quelle n'y est pas traitée comme quelque chose de grave ni de triste. Ce qui l'est c'est l'émotion qui naît sur le visage des acteurs, leur façon de raconter et de ré invoquer des choses. Une affiche décollée sur un mur décrépit ou un gros plan sur Macha Méril est ainsi bien plus bouleversant que la mort d'un personnage.

Son cinéma est un cinéma d'adolescent, période qu'il filme à bonne hauteur toujours avec une incroyable justesse et sincérité. La mort, le suicide, l'amour, les regrets, la peur de l'avenir, de grandir, pas étonnant que Gilles choisisse de traiter cette période très particulière dans la vie d'un homme durant laquelle on ne parvient plus trop à se situer. Peur de l'homme qui est à venir et regret de l'enfant qui s'en va. Temps figé où la question de la mémoire est à son apogée. Période de tergiversation ultime.

La relation amoureuse elle aussi ne vit que par l'instant, le cliché. Dans une magnifique séquence d'Au pan coupé, on nous raconte par bribes la vie d'un couple répartie dans un album de cartes postales. Cette séquence symbolise les amours de ses films, la vie n'est pas linéaire, c'est des fragments, des éclats, dont certains brillent plus que d'autres. Gondry avec son Eternal sunshine n'a rien inventé.

Et son cinéma c'est également la fuite. On part pour éviter de s'enfoncer, on part pour fuir un souvenir autant que pour s'y confronter. Partir, loin, s'évader, souvent par la mer. Mais contrairement à la fuite chez Rozier où l'évasion est aventureuse et consiste à fixer l'horizon, chez Guy Gilles on part mais en revient toujours à la mémoire, au passé, soit de façon physique comme dans Le clair de terre où Pierre quitte Paris pour retrouver Tunis sa terre natale, soit de façon spirituelle comme dans les deux autres. La fuite est des lors quasiment impossible hormis dans la mort.
Comme Léaud l'était pour Truffaut, l'excellent Patrick Jouané constitue l'alter ego de Gilles. Jouané c'est lui. Un homme assez introverti, secret, romantique et solitaire, mais un homme qui ne parvient à s'accrocher à la vie par le souvenir, la mémoire et qui à besoin de partir pour mieux se retrouver.
Teklow13
9
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il y a 10 ans

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3 commentaires

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JanosValuska
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