Audacieuse dissonance

Avis sur L'Année dernière à Marienbad

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S’il y a un réalisateur qui peut se vanter d’avoir amené le cinéma sur des sentiers non défrichés au début des années 60, c’est bien Alain Resnais. Après un déconcertant Hiroshima mon amour en 1959, il pousse encore plus loin la déconstruction de la linéarité de l’histoire racontée avec L’année dernière à Marienbad. Il s’amuse à faire éclater les limites spatio-temporelles. Un personnage situé dans le cadre initial d’une séquence s’y retrouve à nouveau au bout d’un pan dans un autre contexte, des dialogues en surimpression vocale non synchronisés aux images, des cadrages hyper construits sous de la musique dissonante, etc. Même le jeu des acteurs semble détonner de manière volontaire afin de mieux contribué à l’effet de distanciation et à la musicalité de l’œuvre. La relation étrange qui se développe entre les deux protagonistes permet au spectateur de se retrouver tant soit peu dans cet enchevêtrement d’images et de va-et-vient dans le temps. Un homme tente de convaincre une femme qu’ils se sont rencontrés un an auparavant comme s’il cherchait à la libérer d’un présent aliénant. Tout comme dans Hiroshima mon amour, la mémoire devient l’enjeu principal du film. Ici, l’artificialité de la bourgeoisie remplace les atrocités de la guerre comme toile de fond. Par son écriture des plus personnelles, Alain Resnais contribue immensément à la définition du cinéma d’auteur. Mon bémol repose sur le fait que j’ai l’impression de prendre davantage plaisir à analyser ses œuvres qu’à les regarder…

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