Bourgeois fatigués et frêles fils de riches, venez jouer les apprentis Sade dans mon bordel lustré

Avis sur L'Apollonide, souvenirs de la maison close

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En compétition à Cannes en 2012, L’Apollonide surfe sur un sujet au goût du jour depuis le succès de la série Maison close, production Canal + lancée en 2010. Le film a crée des émules assez naturellement chez les observateurs assermentés et dans la bourgeoisie du cinéma, sans que ses qualités intrinsèques ne suivent. L’Apollonide est très joli, il est aussi très monochrome et surtout parfaitement plat, malgré sa construction aléatoire voir irrationnelle. Bertrand Bonello cherche à enivrer le spectateur en laissant les filles se découvrir à tous degrés, lorgne vers la chronique dans le second tiers et revient la plupart du temps au contemplatif, aux photos glacées mais alléchantes et aux petits moments entre filles.

Le manège fonctionne jusqu’à la fin, mais aucune saveur n’en découle. L’Apollonide a mille fois esquivé son sujet pour flâner, ça n’était pas désagréable, mais on en devient indifférent à un point rare. Pas hostile : indifférent. Sauf la prestation de la directrice du lupanar, avec sa philosophie cash, rien ne pèse. In fine Bonello s’en sort avec un soudain enchaînement de plans significatifs : son film bascule alors dans l’obscénité et l’amoralité crâne. Pour refiler un peu d’épaisseur à son métrage, Bonello choisit de choquer et se fait apôtre du libertarisme de petit-bourgeois obséquieux rêvant de tutoyer Sade en osant à défaut que jouer le cynique. Ainsi il esthétise avec complaisance la dérive mortifère d’un jeune privilégié parasitaire, jouissant d’une personne au point de corrompre son intégrité physique.

Avec son sourire d’ange, Madeline (Alice Barnol), la pute marquée à jamais et souillée pour de bon n’en est plus qu’à pleurer de chaudes larmes de spermes, alors que la fermeture des lupanars survient. Bonello enchaîne sur une ultime scène où les putes contemporaines racolent sur les trottoirs auprès du périphérique. Ce ne sont plus des bourgeois vieux ou penauds, avec certes quelques jeunes pervers au milieu (et rarement voir jamais des hommes vigoureux) ; mais le petit peuple qui vient les prendre en voiture. Le malaise de Bonello semble surtout là, la condition des prostituées est toisée de manière complètement apathique. L’Apollonide nous dit : certes, il y a sûrement eu quelques dérives ; mais elles étaient belles et puis méritées. Ces femmes étaient là pour sacrifier leur corps et voyez avec quel raffinement !

Il aurait été génial de le montrer en effet, d’allez carrément chercher les séances les plus compromettantes ou physiques, d’explorer les motivations et les personnalités des clients et prostituées. Il aurait été intéressant de s’y jeter à corps perdu, car ouvrir une boîte de Pandore dans l’espace d’un film est moins puant que d’en faire le tour sans oser la pénétrer pour finalement décider que ce qu’elle renferme est cruel mais noble. En se mettant autour d’une aura, on en récolte que les miettes. L’Apollonide souffre de son intense lâcheté, tolérable mais saoulante tout le long. Égal au reste, le point de vue ne pouvait être que fuyant, sauf pour asséner un relativisme mesquin se dévoilant franchement dans la dernière ligne droite.

Car sinon ces derniers coups ostentatoires, on doit réaliser à la fin que rien ne nous a été donné ni apporté par ce film ; il a caressé la surface et vaguement minaudé tout le long, que ce soit pour dresser des portraits, montrer l’envers du décors ou l’avant-scène. Bon à jeter ? Malheureusement oui, car qu’y a-t-il à garder, sinon des actrices faisant leur job et des talents techniques employés à tourner en rond ?

http://zogarok.wordpress.com/2014/11/13/lapollonide-souvenirs-de-la-maison-close/

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