Ce que donne un blockbuster entre les mains de Terry Gilliam !

Avis sur L'Armée des 12 singes

Avatar Sébastien Decocq
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Première entrée dans la science-fiction de Terry Gilliam, ex-Monty Python qui a vu sa carrière de cinéaste solo monter en flèche après le succès de Brazil et le futur Las Vegas Parano. C’est entre ces deux films que se situedonc L’Armée des 12 Singes, remake américain à gros budget de La Jetée, qui se permet d’avoir en tête d’affiche deux des meilleurs stars du moment (Bruce Willis et Brad Pitt). Mais le fait d’être aux commandes d’un tel projet n’a-t-elle pas éliminé la création délurée de Gilliam ?

On pourrait le croire sur le papier, tant le film d’origine est tout ce qu’il y a de plus sérieux et présentait un scénario plutôt complexe sur le voyage dans le temps. Si le personnage principaux était envoyé dans le passé pour transmettre des vivres et autres cargaisons, sa liaison avec une femme dans le temps, liée à ses souvenirs d’enfance qui finalement dévoilent sa mort vu par lui-même étant gosse rendait ardue la compréhension de l’ensemble. Tout ça pour dire que le temps n’est qu’une boucle et que finalement, contrairement à d’autres histoires sur le sujet, rien ne peut l’altérer, que le destin est tracé d’avance quoique l’on fasse. Si dans L’Armée des 12 Singes la raison du voyage dans le temps est de découvrir l’origine de la contamination qui a décimé l’humanité et a permis à la nature de reprendre ses droits (des lions et des ours dans un Philadelphie désert), le fil scénaristique reste exactement le même. Avec en plus tout ce qui fait le cinéma de Terry Gilliam, à savoir la démence et des sujets qui lui sont propres (la surconsommation, la technologie, la télévision… qui sont des maux pour notre société). Prouvant que d’un éventuel blockbuster, le cinéaste arrive à tirer son épingle du jeu, à imposer sa patte !

Et en voyant L’Armée des 12 Singes, on sent le Gilliam à plein nez ! Rien que par le personnage de Jeffrey Goines, qui réunit à lui tout seul le cinéma du réalisateur. Par le biais de sa haine envers ce qu’est devenue l’humanité et sa folie. En insérant de temps en temps un humour décalé qui permet de contourner les clichés hollywoodiens (un héros défaitiste qui pète souvent les plombs, par exemple). Une démence qui s’allie à merveille avec l’univers sérieux et les thèmes sérieux du film, quoique que ce traitement peut en perdre plus d’un. Notamment ceux qui ne sont pas habitués à Gilliam et ses films. Car si le réalisateur propose des long-métrages qu’il faut prendre au second degré, L’Armée des 12 Singes n’est vraiment pas à la porter de tout le monde. Et pour cause, le film présente une mise en scène grandement travaillée. Qui met en avant deux ambiances possibles. Celle d’un futur post-apocalyptique où se reflètent le manque de vie et la crasse. L’atmosphère se montre ainsi pesante, présentant des décors qui font perdre tout espoir à leur vue. Et puis l’ambiance délurée comme Gilliam sait bien la mettre en avant. Comme la présentation à l’asile de Jeffrey, mec déjanté qui s’exprime et bouge sous les bruitages d’un cartoon qui passe à la télé. Cela, nous le devons à des plans filmés de travers, des couleurs sombres ou clairs qui sautent à yeux… Bref, une mise en scène digne de ce nom !!

Sans oublier le casting avec lequel s’est entouré Gilliam ! Si seulement 3 acteurs sortent du lot (les autres, comme Christopher Plummer et David Morse, réduits en tant que figurants). À commencer par Bruce Willis, cet homme d’action devenu fade qui pourtant savais grandement jouer à une certaine époque ! Celle où il s’éclatait dans la peau de McClane ou montrait son véritable talent dans les futurs Sixième Sens et Incassable. En jouant James Cole, le comédien se retrouve entre les deux, entre le sérieux et le délire (quand son personnage se fait une crise de défaitiste). Puis vient Madeleine Stowe, actrice rafraichissante qui illumine l’écran par son interprétation sérieuse nuancée par un petit côté comique qui vient casser le cliché de la femme ayant toujours besoin d’aide de la part du héros. Loin des archétypes énervants du cinéma. Et puis il y a Brad Pitt, qui en quelques films (Entretien avec un vampire, Légendes d’Automne et Se7en) a su s’attirer les faveurs du publics et son montrer un comédien d’exception. Un fait que confirme L’Armée des 12 Singes, Pitt étant tout simplement grandiose dans la peau de Jeffrey. Véhiculant dans son jeu d’acteur toute la démence que demandait son personnage. Il est vraiment dommage que l’Oscar du meilleur second rôle lui ait échappé face à Kevin Spacey dans Usual Suspects (bien que ce dernier ne l’ait pas volé non plus !). Mais bon, un Golden Globe est toujours bon à prendre !

Je dois avouer quelque chose pour conclure. Il m’a était difficile d’écrire quelque chose sur cette Armée des 12 Singes, tant le film se montre riche et complexe, tout en sortant des sentiers battus. Et se montrant tout simplement déroutant ! Difficile donc de qualifier ce film et donc de le conseiller à n’importe qui. Quoiqu’il en soit, L’Armée des 12 Singes mérite tout de même le coup d’œil, tant le travail qui a été effectué sur ce film est de taille (mise en scène notamment) et qui propose un casting comme on en voit peu (un Bruce Willis très bon et un Brad Pitt inoubliable). Comme quoi, Gilliam a le chic pour ne pas s’empêtré dans un amas de clichés que peut donner ce genre de production !

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