Ce film ne m'aime pas

Avis sur L'Armée des 12 singes

Avatar Eowyn Cwper
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L'Armée des douze singes, Le Roi Pêcheur et Brazil ensemble forment le tout Gilliam. Constamment contraint par le budget au cours de sa carrière, le réalisateur a dû sélectionner parcimonieusement ce qu'il laissait déborder à chaque fois. Ici, c'est le trompe-l'œil.

Il a toujours flirté avec, mais il fallait attendre 1995 pour qu'il exploitât l'illusion au niveau scénaristique, pour la confier directement au spectateur et ne plus seulement faire jouer les acteurs avec. Cela permet d'ailleurs à ces derniers de s'épanouir, quoique Willis est beaucoup trop stoïque. Pitt brille quant à lui dans ce rôle déchaîné s'imbriquant très bien dans un Gilliam modernisé qui lui vaudra une partie de sa révélation.

Le réalisateur a appris pendant plus de dix ans à se bricoler une crédibilité avec des bouts de ficelles : à ce stade, il ne fait plus dans l'expérimental mais dans la revisite. Ses scientifiques fous, sa vision de la psychiatrie tel un dogme et sa géniale main-mise sur le syndrome de Cassandre sont autant de fêlures dont on raffole dans la psyché du cinéma, et qui permettent l'envolée d'un scénario modeste quasiment jusqu'aux sphères du chef-d'œuvre.

Plusieurs poids le retiennent toutefois dont trois visionnages ne l'ont pas délesté pour moi. D'une part, Gilliam adopte un point de vue trop littéral de son propos qui empêche sa dérive vers une vraie folie, pour convaincante qu'elle soit rendue par les acteurs. Ensuite, il y a des airs d'art alimentaire derrière le plot twist qui se dissimule, et l'histoire, une fois finie, donne l'impression de s'être préservée tout du long à seule fin d'exposer une tiède conclusion. Les niveaux d'abstraction sonnent creux et n'offrent pas le répondant qui aurait été nécessaire face au désintérêt de l'artiste vis-à-vis de l'idée de justifier un tant soit peu les paradoxes temporels dont il fait usage.

J'en ressors avec l'impression de ne pas pouvoir comprendre ce film, comme si j'étais au bout de mes efforts pour y parvenir et qu'il me demeurait inaccessible. Pourtant j'ai su apprécier les créations les plus loufoques de Gilliam et admirer son habileté dans le domptage du film de divertissement avec Le Roi Pêcheur. Alors qu'y a-t-il, petit film ? Je ne te hais point, mais tu ne sembles pas beaucoup m'apprécier.

Quantième Art

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