On n’est pas prêt d’enterrer la « Ash » de guerre

Avis sur L'Armée des ténèbres - Evil Dead III

Avatar Jay77
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Armé de sa tronçonneuse et de son fusil à canon scié, affrontant une armée de créatures monstrueuses, Ash, débarque en Angleterre en l’an 1300, et part en croisade à la recherche du Necronomicon. Comment va-t-il rentrer à la maison ? Toujours aux commandes de cette franchise qui a fait sa renommée, Sam Raimi va-t-il parvenir à conclure avec brio sa trilogie ?

Ash chez les moyenâgeux

Nouveau changement de société, Evil Dead 3 doit nous refaire un énième récapitulatif de notre histoire depuis son début tout en devant changer quelques images, faute de ne pas pouvoir utiliser les anciennes. Pas de panique, cette fois, pas question de remodifier des éléments importants, on garde les mêmes, on change juste quelques petites choses sans grandes importances (Linda interprétée cette fois par Bridget Fonda, Ash vendeur dans un magasin d’articles à prix bas) et on continue l’histoire là où elle c’était arrêtée. Envoyé 700 ans dans le passé après avoir été aspiré par un vortex, Ash débarque au moyen âge. Lors de son aventure, notre héros réveillera accidentellement l’armée des morts, des âmes endormies de leur sommeil ancestral.

Tout comme Evil Dead 2, Sam Raimi, nous transportant dans une aventure charmante et drôle au XIIIème siècle, prend plaisir à martyriser physiquement et psychologiquement son héros. Dans cet épisode 3, Ash a beau être résistant on ne sait par quel miracle (à croire qu’il est lui-même un héros de cartoon), il en prend plein la figure pour notre plus grand plaisir. A chaque ennemi rencontré, une nouvelle manière de nous faire rire tout en nous divertissant comme jamais. Lors de ces séquences, notre homme armé de sa célèbre tronçonneuse et de son fusil à canon scié affrontera divers ennemis toujours plus improbables les uns que les autres : une sorcière ninja, des mini Ash enquiquineurs à la voix débile, un frère siamois diabolique se transformant plus tard en chef d’armée de squelettes.

Ridiculisé, malmené tel un héros de cartoon tout droit sorti de l’univers des Looney Tunes, Evil Dead est à l’image du coté cartoonesque débile que nous offrait son prédécesseur. Et c’est l’un des points fort du film. Force est de constaté que l’humour, contrairement à celui intégré furtivement dans Evil dead 1, puis plus subtilement dans Evil dead 2, est dans Evil Dead 3 encore plus subtil, mieux écrit, plus recherché.

Tout comme une certaine comédie Française, Les visiteurs, Raimi fait fonctionner L'armée des ténèbres à l’aide du décalage entre Ash, homme du 20ème siècle, et la langue, l'environnement, médiéval dans lequel il évolue. Ash, maladroit, utilisant beaucoup d’argot, devra se conformer aux codes et à la culture de cette époque. Ca marche, c’est bien foutu, on en use pas trop, les effets spéciaux vieillots se marient bien avec l’atmosphère du film et au final, Evil Dead 3 a beau être dépassé visuellement, il est somptueux.

Hey l’idole des monstres ?! A nous deux.

Quand il y a que trois mots, il retient !

Grande bouche, peureux, égoïste, menteur, vantard, méprisant, dragueur, charmeur, macho (comment Linda a pu tomber sous le charme d’un type si macho), lâche, tricheur, Ash, endurci, a gagné en charisme, en caractère, affichant une personnalité détestable, loin de faire d’être un véritable héros/sauveur. L’envoyé en moyen âge là où il sera vite considéré comme « l’élu » était la plus belle des idées. Là bas, il devra accepter puis embrasser sa véritable destinée. Une bonne raison pour Sam Raimi de faire évoluer son personnage iconique, le faisant cette fois se battre pour une cause, tout en lui faisant traverser des épreuves plus délirantes les unes que les autres aux grandes joies des fans sadiques.

Ash aura beau avoir un caractère bien plus repoussant que dans Evil Dead 1 et 2, on aime sa personnalité, on aime ses réactions, ses punchlines, son don de bricoleur (il tune sa voiture comme un pro), ses expressions, ses quelques grimaces, son coté bad ass mais parfois trouillard, et SURTOUT sa répartie. Ash est aussi sympathique qu’un Max Rockatansky, lui bien plus courageux et brave. Comme pour les deux premiers opus dans lesquels il était déjà la star, Bruce Campbell est magistral, encore plus à l’aise qu’à l’accoutumée. Un acteur passionné par son métier et ça se sent.

J’aime pas qu’on mette ses os dans ma bouche !

A mort les morts !

Face à Ash et les moyenâgeux, une armée de squelettes aussi effrayants qu’hilarants. Nous sommes dans Evil dead, on veut donc vous prouver une fois encore qu’il n’y a aucune raison d’être effrayé par le noir, les démons, les fantômes, etc. Donc, on va tremper tout ces éléments et personnages horribles dans un bain de second degré. Résultat, les squelettes, grands, petits, maigres, gros, baillent, draguent, se chambrent, jouent les farceurs. Mix d’animatronique, stop motion, figurants maquillés, le tout dans des décors cauchemardesques, L’armée des morts charmera les plus férus d’horreur, tout en faisant venir les amateurs d’Héroic Fantasy voir carrément de Western bien poussiéreux.

Car oui, on a beau évoluer au Moyen Age, on a cette sensation de se promener dans des décors dignes de l’univers Post Apo de Mad Max. Sam Raimi oblige, plans subjectifs, caméra subjective tremblotante allant à une vitesse faramineuse en détruisant tous obstacles sur son passage en poursuivant notre pauvre Ash, zooms, cadrages improbables, fumée, brume, forêt sinistre, fond verts, éclairage et visuel hystériques, tout ce qui faisait le charme d’Evil Dead 1 et 2 revient une troisième fois, le tout assaisonné de musiques folkloriques typiquement moyenâgeuse et de musiques héroïques.

Très bien bande d'abrutis. Écoutez ça... Et regardez. Ceci est un...
Une baguette magique ! Remington à canon double. Calibre 12. La
meilleure affaire de chez Prixbas et c'est au rayon armurerie que vous
la trouverez. C'est un pur produit du Michigan en Amérique et si c'est
américain, c'est bien ! Et on vous la laisse à un prix ridicule de 180
dollars ! Sa crosse est en noyer, son canon est en acier bleu trempé
et elle a une détente très sensible ! Chez Prixbas les prix sont bas !
C'EST CLAIR ?! Maintenant je vous jure... Que le prochain primate qui
me cherche de loin ou de près... JE LE DÉSOSSE !!

Au final, Evil Dead 3, plus léger, moins sanglant que ses deux prédécesseurs, incarne tout ce qu’on aime dans le cinéma d’horreur. Plus de punchlines, un anti-héros bad ass et déjanté, narrativement captivant, une aventure/quête totalement barrée, des effets spéciaux à l’ancienne, une version française délirante faisant des merveilles, de la chair en putréfaction, des créatures plus laides les unes que les autres, une atmosphère à la fois cartoonesque/hystérique et digne des plus grands films fantastiques, de l’horreur, de l’héroïsme, de l’action, du glamour, de l’humour, du démoniaque, des décors en carton pate proches de ce que nous offrait les productions de la Hammer, de l’animatronique plus vrai que nature, des scènes d’anthologie (la scène dans le moulin), Evil Dead 3 rivaliserait presque avec ses ainés, bien que coté gore et folie, il face dans le plus soft. Un incontournable, plutôt une trilogie incontournable faisant un sans fautes. « Klaatu, Barada, Nikto»…OUPS…

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