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Lorsque j'ai pris la décision de regarder ce film, attirée par le résumé de mon magazine télé, je m'attendais à un film d'action tout bête, où tu poses ton cerveau sur la table et où tu observes les fusillades avec l'entrain d'un mollusque en fin de vie. Sauf qu'il n'en est rien. Rien du tout. Et c'est tant mieux.

L'assaut reprend un fait réel dont les seuls souvenirs qu'il me reste sont quelques images passées aux informations et dont l'impact avait été moindre sur mon esprit d'enfant : la prise en otage d'un avion d'Air France par des membres du GIA (un groupe d'islamistes radicaux algériens) et la libération des passagers par les hommes du GIGN sur l'asphalte de l'aéroport de Marignane. Généralement, les gens qui avaient mon âge à l'époque ne se souviennent que d'un type passant par une des vitres du cockpit pour s'échapper et d'un soldat tout en noir qui se retrouve suspendu à la porte avant de l'appareil.

Ici, on se retrouve à suivre trois groupes de personnes : les islamistes d'un côté, les politiciens et les membres du GIGN de l'autre. En fait, le spectateur va découvrir, en étant au plus près des acteurs, comment tout ça, tous ces évèments, se sont mis en place. On entame le film sur un plan dans une ruelle où un groupe d'hommes en noir se déplace en silence pour prendre d'assaut une maison où apparemment, tout à l'air calme. Aucun mot n'est échangé, toute la mécanique est parfaitement huilée. Une porte explose, l'unité pénètre dans la demeure, un homme équipé de lunettes à infrarouge en tête. Il fait sombre. Le forcené est dans sa ligne de mire. Une balle dans l'épaule et les lumières se rallument, éblouissant le militaire. Une fillette est là, sa mère à ses pieds, morte. Le gendarme retourne alors chez lui, range son arme et retrouve sa femme et sa fille. Il a mal au crâne mais il fait bonne figure, pour ne pas les inquiéter.

Puis on embraye sur la préparation du quatuor de terroristes, silencieuse elle-aussi, bien qu'agrémentée de prières et d'accolades fraternelles. Les hommes entrent dans l'avion en se faisant passer pour la police d'état. Ils circulent dans les allées, vérifient les passeports de chacun et s'étendent jusqu'au poste de pilotage. Un passager se lève, il est policier et propose son aide. Les voix éclatent puis retombent. L'homme en question n'est pas agressif. Par contre, il repère les grenades à la ceinture d'un des soi-disant policiers. Comprenant qu'ils sont repérés, les masques se fissurent. Le film commence.

Oui, c'est une entrée en matière un peu longue mais qui prend finalement très peu de temps dans le film en question. On entre assez vite dans le vif du sujet. Rapidement, c'est l'effervescence au Ministère des Affaires Etrangères où on essaie de déterminer qui a fait le coup et pourquoi. De là on va suivre une jeune femme ambitieuse, qui a une bonne connaissance des groupuscules islamistes mais qu'on écoute difficilement, parce qu'elle n'est pas un homme. Le rythme est soutenu et pourtant, on ne plongera pas immédiatement dans la prise d'assaut de l'avion par le GIGN. En fait, cette étape qui donne son nom au film, ne prend place que dans le dernier quart d'heure. Qu'est-ce qu'il se passe pendant tout le reste du temps me direz-vous ?

Eh bien, on assiste aux négociations, à la vie des passagers auprès de ces terroristes, à peine sortis de l'adolescence pour certains, nerveux mais déterminés à aller jusqu'au bout de leur action ; aux tâtonnements de cette femme qui a plus d'une hypothèse dans son sac et à la préparation du groupe d'assaut du GIGN. Les évènements s'enchaînent, ponctués de rares temps morts - le calme après la tempête - où on reprend notre souffle parmi les otages, sans pour autant que l'on soit perdu ou dérouté. La photographie est somptueuse, alternant les tons gris et bleus, plongeant le spectateur dans une ambiance intimiste, au plus près des acteurs. On perçoit les chuchotements, les quelques mots rapidement échangés entre les terroristes d'un côté et les militaires de l'autre, les frémissements des paupières quand les hommes prient ou s'endorment.

Les acteurs sont d'une justesse incroyable. Vincent Elbaz (que je ne connaissais à ce moment qu'au travers son passage dans "La vérité si je mens") m'a époustouflée. Il n'a que quelques lignes de dialogue mais, là où il est le meilleur, c'est dans ces longues phases de silence. Tout est dans le regard, dans l'hésitation, dans un simple geste. Il n'a pas besoin d'en faire plus pour qu'on voit en lui l'homme de terrain, qui agit plus qu'il ne parle. Le deuxième à être tout bonnement excellent, c'est l'acteur qui joue Yahia. Le casting est constitué de grands inconnus mais ça ne les empêche pas d'être justes. Et lui, il est parfait. Notamment dans cette scène, qui m'a soufflée par sa sincérité, où Yahia tourne le dos à sa mère, délaissant alors toute idée de retour en arrière. Ce regard qu'il a à cet instant. Celui d'un fils déchiré par sa propre décision, par les larmes de celle qui lui a donné la vie.

Et puis cette musique, très peu présente en apparence mais qui surgit dans les moments cruciaux pour vous fait monter les larmes aux yeux. Tout est bon dans ce film : les acteurs, la lumière, la photographie, la musique, les bruitages, la réalisation. La fin est violente et belle à la fois. On reste là, la respiration en suspens, à espérer une conclusion heureuse.

Même le point de vue caméra à l'épaule ne m'a pas empêché de le revoir plusieurs fois, avec toujours la même émotion à chaque instant clé. En bref, un énorme coup de cœur pour moi.
NicodemusLily
10
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