L'été en pente douce

Avis sur L'Autre

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La chaleur est écrasante. L'été de cette année 1935 s'écoule au gré des jeux d'enfants, armé de pistolet en bois, se cachant dans une forêt claire et baignée de soleil. L'Autre commence donc comme une chronique de l'enfance, inoffensive, enjouée, innocente qui évolue dans un cadre tranquille d'un petit bout de sud d'une Amérique pastorale.

Mais seulement quelques minutes plus tard, sans pouvoir l'expliquer, l'atmosphère initiale de l'oeuvre se délite. Imperceptiblement. Insidieusement. Quand un pot de confiture tombe par terre et se casse. Quand une bague à tête de faucon est sortie d'une boîte en fer blanc. Quand un petit animal meurt entre ses mains. Celles de l'autre. Qui lui ressemble comme deux gouttes d'eau, mais dont la seule présence instille un malaise sur lequel on est incapable de plaquer des mots.

Car la relation entre ces deux frères là est dessinée de manière trouble, ambigüe, sombre. Jusqu'à ce que, peu à peu, l'Autre verse du côté du thriller psychologique. Où l'argument fantastique, réduit à un jeu, ne prend donc jamais totalement possession du film. En effet, la caméra de Robert Mulligan se montre délicate et intime, dès lors qu'elle est pointée dans la direction d'une enfance que l'on sent perturbée, influencée par la perversion, l'imprudence, l'absence ou encore "l'impureté des bonnes intentions" de certains êtres chers.

Ou aussi, peut être, par ses propres démons intérieurs. Oui, certains procédés utilisés ne sont pas des plus discrets. Certes. Mais les grincheux, en relevant ce détail, oublieront de facto la réussite de cette ambiance de plus en plus délétère, que Mulligan maîtrise à la perfection, qu'il écrase d'une canicule qui évolue en orage en vue d'un acte final sombre et inéluctable. Le metteur en scène ne précipite pas les choses. Et ne perd jamais de vue l'enfance qu'il dépeint. Celle qui s'émeut. Celle qui ressent la liberté d'une séquence totalement magique et onirique pour, l'instant d'après, se rappeler toute la cruauté déployée, ses instincts destructeurs, le temps d'un plan sur une fourche dressée dans le foin.

L'autre est bel et bien là, mais jamais tout à fait. Véhicule, par petites touches, des images les plus les plus anxiogènes et les plus fugaces dans leur horreur. L'Autre est irrigué non pas d'une quelconque aura fantastique, mais de toute la souffrance du deuil et de la perte, qui marque l'existence de ceux qui restent de son empreinte indélébile.

Récit d'une contamination, peu importe sa nature après tout, L'Autre, d'une simplicité définitive et d'un classicisme discret, permet à Robert Mulligan de signer une réussite foudroyante, toute aussi mélancolique que glaçante, dont nombre des thèmes et des procédés ont fait flores depuis.

La marque des grands, assurément.

Behind_the_Mask, la bague au doigt

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