Prisonnier des cauchemars

Avis sur L'Enfer d'Henri-Georges Clouzot

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Ce documentaire retrace l'échec d'un projet de Clouzot qui devait parler de la jalousie d'un gérant d'hôtel, près d'un lac surmonté d'un viaduc ferroviaire. Jalousie qui le pousse à suivre sa femme, à avoir une vision déformée de la réalité, avec des crises d'angoisse nocturnes qui sont autant de cauchemars lancinants.

Clouzot fit deux semaines de tournage en extérieur, avec les deux acteurs principaux, Reggiani et Schneider, et trois équipes de tournage. Il fallait tout tourner avant que le lac ne soit vidé. L'idée était que Clouzot change d'équipe entre deux préparations de plan, pour faire vite, mais son indécision, ses changements impromptus, ses rapports difficiles avec ses acteurs vont faire capoter un projet qui semblait au départ lui assurer une liberté illimitée. Avec le départ de Reggiani, puis de son 2e assistant, et enfin un infarctus de Clouzot, le projet sera délibérément enterré. N'en reste que 180 bobines (la préproduction avait passé un mois à faire des essais), quelques rares pistes audio et le sentiment que ce film aurait été probablement visuellement et auditivement très destabilisant.

Le film alterne des extraits, qui mis bout à bout donnent une petite idée de ce que voulait Clouzot, les témoignages des principaux assistants, assez critiques, et des saynettes du script rejouées par Jaques Gamblin et Bérénice Béjo. Ces saynettes n'apportent pas grand-chose : les acteurs jouent bien, mais ne font rien pour incarner l'acteur principal qu'ils remplacent ou pour prendre une diction années 60 (c'est notamment pénible au niveau des intonations parisiennes de Bérénice Béjo, que sinon j'aime bien hein).

L'ensemble est intriguant et frustrant, on aimerait en savoir encore plus.Le montage alterné extraits-interviews, très story-telling à l'américaine, est un peu voyant, mais relativement dépouillé, et les choix sonores sont fort judicieux.

Concernant les plans et tout le matériel accumulé par Clouzot, je préfère ne rien dire pour vous laisser le plaisir de la découverte. Ce qui m'a le plus impressionné, c'est le peu de travail sur la sonorisation qu'on entend. Des phrases qui se répètent en boucle et se superposent, de manière obsessionnelle, tout à fait comme il peut arriver lors de crises d'angoisse nocturnes. ça m'a pas mal parlé. De mon point de vue, c'est l'aspect le plus marquant du documentaire.

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