J'ai un peu débordé de bonheur dans une salle de cinéma.

Avis sur L'Été de Kikujiro

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Summer

Je profite de cette fin d'été pour rejeter un coup d’œil sur ce film de Kitano découvert récemment à la suite du Sofilm Summercamp festival à Nantes au début de l'été, dans une petite salle du Katorza, présenté par un acteur sympathique dont je ne me souviens plus le nom. Ou un réalisateur.
Bref, un Français qui faisait du cinéma et je t'avoue que j'ai plus retenu McTiernan - génial ce gars là - et Virginie Effira - elle est vraiment plus jolie en vrai qu'en photo et elle taxe des clopes, par contre son film était tout nul, heureusement qu'elle a de l'humour - que ce charmant monsieur qui a tenté vaille que vaille de faire partager sa passion pour ce film de Kitano et qui m'a vraiment enthousiasmé tiens.
Bref, je m'installe, en avance, accompagné d'autres senscritiqueurs venu tout spécialement pour cet évènement international à Nantes - la plus belle ville de France et de Navarre, monsieur.

Je ne savais pas vraiment à quoi m'attendre, bien sûr j'avais lu le synopsis il y avait de cela quelques temps, hésitant entre Hana-Bi et ce métrage, mais sans y porter guère d'attention. De Kitano j'avais vu trois films, celui-ci fut mon quatrième, détonnant dans sa filmographie qui me semble porter sur des histoires sombres, graves, aux relents de mafias et de règlements de compte. Passant au cinéma, je n'ai pas vraiment résisté à l'envie de le voir.

Non ici on suit Masao, un petit garçon un brin rondelet élevé par sa grand-mère qui travaille pour subvenir à leurs besoins. Un petit garçon livré à lui-même le temps d'un été et dont le regard triste et la bouille crève-cœur convainc une amie de sa grand-mère, en couple avec un yakuza raté, Kikujiro, un joueur accroc aux courses de vélo, un fanfaron vulgaire éructant des Konoyaro qui semblent ponctuer chacune de ses phrases, un bougre un peu brute, un peu perdu.

Commence une quête estivale, une parenthèse magique loin de Tokyo, au bord des routes de campagne nippone, une quête pour retrouver la maman du petit Masao partie lorsqu'il était enfant pour travailler dans une autre ville, un voyage finissant face à l'océan mais qui dure le long d'une rivière comme pour en prolonger le plaisir, comme pour chasser toutes les pensées tristes par le rire et la joie.
On est loin du récit tire-larme qu'on pourrait entrapercevoir en lisant ces quelques lignes, Kitano nous emmène dans un film magique bourré d'humour entre absurde et bon enfant, un humour à la fois très japonais et universel qui ponctue un été qui s'étire sur fond de mélancolie, un été qui permet à Kikujiro de panser quelques plaies venues d'un passé encore vif, de se trouver un but, de combler sa tristesse en chassant celle de Masao, maladroitement, se substituant au père absent et à la mère partie d'une manière pataude mais tellement attendrissante.

C'est un road-movie fait de rencontres insolites entre un libraire itinérant au grand cœur, deux bikers aussi inoffensifs que sympathiques et prêt à tout - sous la férule d'un Kikujiro qui les moleste gentiment. C'est un festival japonais aussi effrayant que fantastique, c'est un arrêt de bus devenant à la fois abri et scène de théâtre propice à tous les gags. C'est un jeune couple souriant que l'on rencontre le temps d'un trajet en stop, un gérant d'hôtel aussi patient qu'affable, un campement au bord d'une rivière peuplé de poulpes, poissons et autres extraterrestres. Et toute cette aventure sur la superbe musique de Hisaishi, violoncelles et violons tandis que résonnent les quelques notes entêtantes, si simples et si belles qui constitueront le thème principale.
Cette musique qui nous évoque l'été, sa chaleur, ses joies, ses peines. Qui nous ramène nous aussi en enfance.
Entre un Kitano dont le mutisme cède progressivement la place à la parole, émouvant jusque dans sa vulgarité et un Yusuke Sekiguchi (l'enfant) presque naturel on les suit tous naturellement tandis qu'ils rencontrent une galerie de personnages tous plus loufoques les uns que les autres.
L'été de Kikujiro c'est l'histoire d'un Yakuza qui se trouve beaucoup de similarités avec un gosse solitaire et un peu faiblard et qui au fil du temps, devient son ange gardien.

Incroyablement poétique, mélancolique, drôle, ce film de Kitano est pour l'instant celui que j'aime le plus. Il est d'une justesse rare et quitter les personnages représente un vrai déchirement. De toute façon, tout le cinéma a pu entendre mon rire communicatif et bruyant résonner pendant les trois quarts du film, tandis que j'ai caché mes larmes aux moments les plus émouvants. Je suis rarement sorti d'une séance avec une telle joie et un tel bonheur.

Ps : Chiche que je retrouve le nom du bonhomme, il s'appelait Manuel - Manuel Chiche. Et c'est le patron de Wild Side, dieu sait que j'adore cette boite qui nous déniche plein de trucs venus d'Asie. Un grand merci à lui.

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