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Avis sur L'Étrange couleur des larmes de ton corps

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L'Étrange Couleur des larmes de ton corps est un long métrage belgo-franco-luxembourgeois écrit et réalisé par Hélène Cattet et Bruno Forzani, un couple de cinéastes débordant de créativité et ayant signé jusque-là un seul long métrage, Amer, sorti en 2009, ainsi que 8 courts métrages.
Meilleur long métrage à l'édition 2013 du Paris International Fantastic Film Festival, L'Étrange Couleur des larmes de ton corps brasse effectivement pas mal de styles différents (thriller, drame, horreur, fantastique et érotique) car appartient au genre du giallo.

Le giallo, tout comme le cinéma de transe, est un genre filmique regroupant sous sa bannière des œuvres originales et pour le moins étranges. Principalement italiennes, celles-ci frôlent les frontières du policier, de l'horreur/épouvante ainsi que de l'érotisme. Mais si l'on s’intéresse de près à la littérature, art qui va de pair avec le cinéma, on découvre que le terme giallo veut dire « jaune » et désigne, en Italie, le roman policier ; car la couleur jaune symbolise la lumière, la vérité.
Les gialli sont identifiables grâce à quelques gimmicks particuliers : de grandes scènes de meurtres excessivement sanglantes, une mise en scène esthétisé à l’extrême et tout à fait inhabituelle ainsi qu'une musique du même acabit.

Fraîchement rentré d'un voyage d'affaire, le danois Dan Kristensen constate que son épouse s'est volatilisée. Apparemment, sa disparition n'est pas la première a déplorer dans l'immeuble car, depuis sa construction, des locataires n'ont cessé d'être kidnappé et tué, comme nous l'apprend une galerie de personnages inquiétants, par un (ou une) inconnu(e) portant des gants noirs. Dan contacte alors la police, sonnant ainsi l'ouverture de la chasse. Les locataires comme l'antagoniste sont menacés.

Labyrinthe cérébral faisant s'affronter l'amour et la haine, le plaisir et la douleur, L'Étrange Couleur des larmes de ton corps joue avec les apparences. Les locataires ont de lourdes choses à cacher. Tous les appartements sont interconnectés par un jeu de couloirs, de faux murs, de couloirs derrières des faux murs et de portes dérobées. Le décor premier, cet immeuble bruxellois aux vitraux de cathédrales, demeure autant le personnage principal que Dan Kristensen tant il recèle de secrets.
Cela correspond bien aux canons du giallo qui se déroule souvent en huis-clos. Néanmoins, il paraît important de dire le dernier-né d'Hélène Cattet et Bruno Forzani n'en est pas un au sens strict du terme. L'Étrange Couleur des larmes de ton corps ne fait que pasticher ce genre très populaire dans les années 60/70 en le référençant de manière intelligente et très moderne.
Aussi, L'Étrange Couleur des larmes de ton corps évoque parfois Irréversible, Blue Velvet, Le Locataire... prouvant que le giallo n'est qu'une base, une inspiration première mais pas absolue.

Enchaînant les gros plans (de verres, de couteaux, de boites d'allumettes, tantôt sur des mains, des yeux ou biens des tétons) au service d'une narration purement visuelle, L'Étrange Couleur des larmes de ton corps pose la question du regard. Devant lui, le spectateur est un voyeur qui ne peut s'empêcher d'observer chaque chose, chaque détail, pour peu qu'il en ressente le besoin ou l'envie.

Mais pour nuancer un peu le propos, la narration de L'Étrange Couleur des larmes de ton corps passe aussi par les sons. En effet, la bande sonore occupe une place très importante au sein de l’œuvre, à tel point parfois qu'elle surpasse l'image, que l'on a pourtant vu très forte. Le spectre des bruitages va du jouissement de plaisir, au cri de douleur exacerbé en passant par le tintement d'une lame aiguisé, les battements d'un cœur affolé ou les cliquetis délicats d'un appareil photo. Tout cela pour accentuer les émotions des personnages, la physique et l’atmosphère des lieux ou juste pour détourner le spectateur d'un élément quelconque.
De surcroît, on peut noter la présence de cette même enveloppe assourdissante, grave, qui vient napper le métrage de tout son long que dans Beyond the Black Rainbow, oeuvre déjà traitée dans l'émission. Et si ces deux longs métrages n'ont à priori absolument rien en commun, la vérité est toute autre.

Si L'Étrange Couleur des larmes de ton corps n'est pas exempt de défauts : quelques longueurs, des raccourcis parfois grossiers ridiculisant une intrigue déjà pas très claire à la base et, pour finir, des choix formels qui ne séduiront pas tout le monde ; il mérite largement 1h42 d'attention. Le cinéphile curieux se doit de regarder ce film d'Hélène Cattet et Bruno Forzani, ne serait-ce que pour appréhender ce que représente le giallo dans la culture européenne, tout en gardant en tête que les artistes francophones ne sont pas les derniers à avoir des idées.

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