La réalité des rêves oubliés

Avis sur L’Étreinte du serpent

Avatar Clode
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Quand la jungle troque ses couleurs flamboyantes, son joli manteau vert infini pour un noir et blanc où la lumière danse au rythme de la musique des peuples oubliés entre les branches et les lianes, c'est pour nous conduire vers le pays des rêves. Un pays fantastique et mystérieux, beau comme seul les rêves peuvent l'être, où le monde se noie dans le reflet de sa propre image sur l'eau d'un fleuve sans fin et où le réel se perd dans les méandre des hallucinations.

Un rêve mystique, qui serpente lentement à la surface de cet immense boa descendu du ciel pour se poser au milieu de cette jungle et y étendre ses immenses étendues d'eaux et qui guide les personnages qui l'habitent vers ce qu'ils recherchent. Une plante. Une plante ancestrale, une plante sacrée, une plante légendaire pour une quête qui conduira ces êtres perdus dans un voyage initiatique à travers les paysages enchantés, à travers les souvenirs, et à travers le temps lui-même. Une quête pour trouver des solutions, des réponses, une identité. Pour trouver la vie. Une quête existentielle dans le pays des rêves.

Mais comme dans tout rêve, le cauchemar n'est jamais bien loin et peut surgir, comme ça, à tout moment, caché quelque part au milieu de ce labyrinthe de végétation ou attendant calmement que vous arriviez sur la berge de ce fleuve qui en possède des millions, pour transformer ce paysage fantasmagorique sans limite en tourment sans échappatoire. Un cauchemar derrière lequel se cache toujours la présence de l'homme blanc, de sa pensée unique, de sa religion et de son appétit économique. Car quand ces deux cultures se rencontrent frontalement, c'est pour se dévorer. Et quand elles ne le font pas complètement, un monstre hybride naît des lambeaux de chacune d'entre elles, comme dans cette ancienne colonie où le christ des indiens règne en tyran sur ses sujets crasseux qui s'auto-flagellent avant de finir manger en leur offrant son corps comme une hostie pendant une rave hallucinatoire amazonienne.

Car tous les hommes, qu'ils soient indiens ou blancs ou même coincés quelque part entre les deux, sont tous des "chullachaquis". Des doubles qui traînent derrière eux l'ombre encombrante de leur peuple et de leur culture. Un double qui ne les quitte jamais. Un double qui influence tous ce qu'ils font et duquel ils doivent prendre conscience. Pour apprendre à vivre avec, mais aussi pour pouvoir s'en éloigner un peu. Pour se défaire de cette obsession des biens matériels pour redécouvrir ses sens, pour redécouvrir sa capacité à rêver. Pour se défaire du poids étouffant d'un héritage perdu pour apprendre à le partager, pour transmettre la puissance des rêves.

Un rêve face auquel il faut lâcher prise pour se laisser envahir et plonger dans sa torpeur hypnotique.

Un rêve qui nous conduit jusqu'à l'atelier des dieux pour y découvrir la réalité ultime dans une hallucination possédé.

La réalité que personne ne peut voir.

La réalité des rêves oubliés.

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